Brest-Jerusalem
a la rencontre...
22.9.02 09:43 chronique     chronique 22.9.02 10:53  
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 22.9.02

09:46   nuit d'inquiètude...

Le jour se lève sur Jénine. On a deux soleils. Les combats de la nuit ont laissé un gros incendie. Les chars sont en train, en file indienne, de s’en aller.

Les tirs ont duré toute la nuit, l’armée ayant pourchassé (et abattu ?) un ou plusieurs tireurs palestiniens.

Vers minuit, un haut parleur s’était mis à diffuser un apperl frénétique. Puis quelques voitures s’étaient mises à parcourir la ville en klaxonnant. Abu Amar est en danger.

Des gens ont convergé vers le centre ville.

Quand j’arrive en bas, peut-être cent-cinquante personnes. Ca peut paraître dérisoire, mais il faut prendre en considération que les chars étaient déjà dans la ville. Cent cinquante personnes, puis un peu plus, dont quelques hommes en arme. Un d’eux, cagoulé, tout en noir, me fait signe de la main et me fait un grand sourire. Est-ce qu’il est dans l’incendie que je regarde de ma fenêtre en écrivant ceci ?

De toutes les maisons on entend à l’unisson la télé qui montre le dernier bâtiment de la Muqat’a d’Arafat. La manif a à peine commencé à bouger que des affrontements avec les chars commencent.

Je reste dans la zone de la vieille ville. Dehors, il y a des tas d’hommes, en petits groupes, silencieux. Beaucoup de vieux en pyjamas. Un d’eux me dit, en montrant les maisons : “ils sont idiots. On tue le symbole de leur pays, et ils dorment”.

En fait je ne pense pas qu’ils dorment.

Je passe un long moment assis sur un trottoir avec un groupe d’hommes. Café. Drame ou pas, on ne plaisante pas avec l’hospitalité. L’ambiance est morne. Ma présence est très appréciée, et aussi le fait que j’ai des nouvelles fraîches qui m’arrivent par mon portable. Il y a des manifs dans tout le pays. Même Jéricho dont on ne parle jamais a au moins mille personnes dans les rues. Ici, ça se débande très vite devant l’intervention énergique des soldats. Les gens remontent. Un groupe s’agglutine autour de nous. On me répête à l’envie que la France est le seul pays respectable.

Un bruit énorme remplit la nuit : sept chars prennent position dans le centre ville. Puis les téléphones sonnent un peu partout : les soldats viennent à pieds. Là, ça devient dangereux même pour nous qui ne sommes pas tout à fait dans le centre. Parce que tant qu’ils sont dans les APC, on les entend venir. A pieds, ils peuvent débouler à quelques mètres de nous sans qu’on puisse réagir. On décide donc de rentrer chacun chez soi.

L’abattement est total. Moi-même, je suis épuisé et un peu sonné par ces dernières quarante-huit heures qui ont l’air d’être sur le point de culminer avec la destruction de tout ce qui reste de la Palestine officielle, et du plus fort symbole qui l’ait jamais incarnée.

Trois hommes, craignant que des tireurs palestiniens ne me prennent pour un soldat ma raccompagnent chez moi.

[Retour au matin...]

Deux blindés, fraîchement arrivés du nord, s’installent dans les collines surplombant Qabatiah, mais aussi à proximité du camp.

A l’est, il y en a encore un qui bourdonne, mais je ne peux pas le localiser. C’est apparemment un gros entrepôt qui brûle, mais je crois qu’il y a un second bâtiment que je ne peux pas voir d’ici. Des gens s’amassent.

Après mes trois heures de sommeil de la nuit d’avant, et le sommeil très fragmenté par la bataille de cette nuit, je suis complètement à plat.

[un peu plus tard - 09:42]

La ville est sous couvre-feu mais les gens sont dehors et les gamins à l'école. La décision a été prise d'envoyer les enfants à l'école et d'ouvrir les classes dès que le couvre-feu ne serait plus strictement appliqué. Pour les jours sans, des classes parallèles ont été ouvertes, dans les maisons ou les locaux associatifs, avec des instituteurs les plus proches du lieu et des volontaires.



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