Brest-Jerusalem
a la rencontre...
14.9.02 11:07 divers     chronique 15.9.02 09:20  
-<  clin d'oeil... allo la terre ?  ->
 15.9.02

09:10   pony express...

C’est la faute de Paul. Il fait que poser des questions.

“Comment je peux t’envoyer un colis ?”, qu’il demande.
Je ne m’étais pas posé la question, et pourtant la question aurait du m tracasser depuis un bon moment : comment, dans Jénine, est-ce que la poste fonctionne au milieu de tout ça ?

Une visite éclair à mon ami le Dr Samer (totalement rétabli de ses blessures, merci !) qui ouvre son insondable carnet d’adresses, et me voilà parti chez le directeur du bureau de poste.

Sans préambule, la réponse à la question de Paul : on ne peut pas. Jénine ne reçoit plus aucun courrier de l’extérieur. Parfois, si, un truc arrive, qui a mis six mois. Mais la règle est : le courrier pour Jénine reste bloqué en Israël. Et on ne sait pas si on le reverra un jour.

Il y a quatorze employés au bureau de poste, pour une agglomération de 150 000 habitants (Jénine plus le camp font 50 000, les “villages” autour comptent pour 100 000).

Pour envoyer de Jénine un courrier, il faut le confier à quelqu’un qui va soit à Amman (en Jordanie...) soit à Jérusalem (ce qui, contre les apparences, est presque plus difficile). Dans quelques cas, pour un courrier disons à Ramallah ou Naplouse, on peut tenter de le confier à un chauffeur de taxi qui va dans le coin, pour qu’il le laisse dans telle boutique, ou un autre chauffeur, etc... Bref, le courrier, c’est pas ça.

Les tampons officiels, pour l’autorité palestinienne sont fabriqués à Gaza, en Egypte, et en Alllemagne. Ils sont très efficacement bloqués à la frontière. Dans ces conditions, se faire faire un certificat de naissance peut prendre des mois, ou plus.

Il y a, toutefois, la possibilité d’envoyer un courrier de Jénine à Jénine, ou un des villages environnants. Départs tous les deux jours, quand la ville n’est pas sous couvre-feu. C’est à dire que depuis mai, ce n’est pas souvent. Dans certains cas le courrier est confié à un paysan qui le charge sur son âne.

Et les employés dans tout ça ?

Mon ami Nadi avait eu un jour un mot terrible pour tous ces fonctionnaires de l’autorité qui sont désormais plus ou moins payés à rien faire. A la question “quest-ce qu’ils font de leurs journées, il avait répondu : “they are being employed”. Ils sont employés.

Le directeur de la poste a peu de raisons d’être vraiment satisfait des Israéliens. Quel crédit faut-il accorder à sa déclaration selon laquelle, de toute façon, depuis des années, tous les courriers et colis étaient ouverts, et que des tas de choses disparaissaient ? Je ne sais pas. Tout ce que je peux vous dire c’est que les colis que je recevais à Jérusalem étaient tous ouverts, et que quelque chose manquait dans un des trois colis que P. et moi avons expédiés au Danemark il y a un mois.

Il a tenu à ce que je reste pour manger. Déjeûner “de gala” en mon honneur.

L’image que je retiens, c’est qu’au fur et à mesure qu’il décrivait ce qui était arrivé à son service dans les derniers temps, ses mains se mettaient à trembler. Et que parfois il regardait obstinément dans la direction opposée à celle où je me trouvais. On a le droit d’aimer son métier, quand on est postier.



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