Brest-Jerusalem
a la rencontre...
11.9.02 13:25 chronique     chronique 14.9.02 10:04  
-<  un peu d'air... en bonne compagnie...  ->
 12.9.02

16:47   la rage...

J'ai laissé passer quelques heures avant d'écrire ceci, parce que si j'avais réagi à chaud, j'aurais écrit des horreurs.

A froid, je vais probablement réussir à me limiter, et à simplement raconter l'horreur... au singulier. La sigulière horreur d'une machine à briser des vies.

Hier soir, à Jénine, la télévision locale a annoncé une levée du couvre-feu pour aujourd'hui. Bonne nouvelle, en principe.

Ce matin, très tôt, vers 5 heures, furtivement, même, un char est entré dans les quartiers nord de Jénine. Il annonçait "couvre-feu". Mais pas en fanfare, comme ils font d'habitude. Discrètement. Comme si le gars avait peur de réveiller les gens...

... ou comme si il voulait être certain de ne pas les réveiller.

Alors ce matin, à Jénine, presque toute la population s'est levée persuadée que la ville était ouverte. Les gens des villages se sont levés persuadés que la ville était ouverte.

Rien pour les en dissuader, pas de chars à l'entrée, non plus.

Alors on est partis pour une tranche de vie en accéléré, les boutiques ouvertes, le marché en plein rush, tous les étalages déployés sur les trottoirs...

Moi j'étais un peu surpris, mais bon, jusque maintenant mon mot d'ordre était de faire confiance à la rue, qui sait ce qu'elle fait.

Et vers onze heures... deux chars sont entrés dans le centre ville, tirant avec tout ce qu'ils avaient. Ils parcouraient les rues à vitesse maximum, écrasant les étalages que les gens n'avaient pas eu le temps d'enlever.

Je me suis retrouvé enfermé dans une boutique. De l'autre côté du rideau de fer, à peut-être un mètre de moi, un char tirait, dans un vacarme d'apocalypse.

Une vieille femme s'était glissée dans la boutique juste avant que le proprio ne ferme. Elle avait une robe turquoise. Elle était assise. On lui a amené de l'eau. Sa poitrine se soulevait à grands coups, tant elle avait couru pour échapper au monstre.

Dans ses yeux... dans ses yeux... il y avait un mélange de désespoir et de stupeur, d'incompréhension et de douleur...

Elle répétait... pourquoi ? pourquoi ?

Je me suis détourné. Je ne voulais pas qu'elle lise ce qu'il y avait dans mes yeux à moi.

Ce n'est qu'une fois le char parti que j'ai réalisé que j'étais dans une pièce pleine de bouteilles de gaz...

Maintenant que ma colère a un peu refroidi, je suis obligé d'interpréter cet incident à la lumière ce que j'ai vu depuis que je suis ici. Je ne vois que deux façons d'expliquer ce genre de choses.

Première méthode : l'angélisme. C'est pas fait exprès. C'est juste une suite de malheureuse coïncidences. C'est pas la faute des FDI si les gens n'ont pas entendu l'annonce, on n'y est pour rien...

Seconde méthode : la mémoire. C'est déjà arrivé trois fois. La première fois, 5 morts et 26 blessés. On pourrait croire que c'est le genre d'incidents dont on tire des leçons; soit les FDI sont un ramassis d'imbéciles incapables de tirer les conséquences de TROIS incidents successifs identiques, et auquel cas il est urgent de les renvoyer chez eux avant qu'ils ne tuent à nouveau quelqu'un; soit c'est délibéré. Ils sont tiré les leçons, et maintenant ils tirent en l'air.

Mais je crois que le but de tout ça, c'est de casser le ressort qui fait que les Palestiniens continuent à vivre à Jénine. Le but de tout ça, c'est le désespoir et la haine.

Quelqu'un a une autre explication ?



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