Brest-Jerusalem
a la rencontre...
11.9.02 12:47 chronique     chronique 11.9.02 12:57  
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 11.9.02

12:53   où t'as mis le décapsuleur ?

Ce matin [hier mardi], j’étais très absorbé par la lecture du rapport de la dame Catherine Bertini, envoyée spéciale du sieur Annan, consacré à la situation humanitaire en Palestine.

Et le fait que j’avais mis de la (bonne) musique relativement fort pour couvrir les habituelles fusillades du matin ne prédisposait pas à ce que je sois très sensible aux évènements de l’extérieur.

L’extérieur, cependant, s’est signalé à moi par une série de trois rafales de mitrailleuse spécialement longues. Sans rentrer dans les détails, une rafale d’arme lourde, en temps normal, c’est une seconde et demie, voire deux secondes. Vue la cadence de tir de ces machins, ça vous fait tout de même une très respectable quantité de plomb en vol dans la zone concernée. Avec pour conséquence que quand on entend une rafale de près de cinq ou six secondes, c’est que le gars qui manie la sulfateuse est vraiment fâché après quelque chose (ou quelqu’un) de particulier et a réellement décidé de faire dans la pièce détachée.

Alors trois rafales aussi longues, forcément, ça attire l’attention.

Je suis donc sorti sur la terrasse pour voir de quoi il retournait. J’étais quasiment certain qu’avec une telle quantité de munitions utilisée, il y avait de l’incendie dans l’air.

Gagné.

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J’entendais les sirènes des pompiers, et je pouvais voir que c’était tout proche. Couvre-feu ou pas, j’ai décidé d’aller jeter un oeil.

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Il ne fait décidément pas bon se garer dans mon quartier, hein... la voiture était criblée de balles. Et quand je dis “criblée”, je pèse mes mots. Il n’y avait personne dedans. Heureusement.
Il m ‘a semblé de ma terrasse entendre une kalashnikov répondre brièvement à la mitrailleuse. Mais bon, même en admettant, puisque le tireur n’était pas dans la voiture, pourquoi la dévaster à ce point ? Et si tireur il y avait, il n’était certainement pas caché derrière la voiture, ça l’aurait mis à à peine 3 mètres du char qui tirait, personne n’irait se cacher à trois mètres dans l’axe d’une mitrailleuse lourde. Et puis on l’aurait trouvé mort là.

Pas de tireur, donc. Je suis bien en peine, même avec de la bonne volonté, de justifier qu’on s’acharne à ce point sur une voiture. J’ai de plus en plus l’impression que pour certains des soldats, Jénine est un grand terrain de jeux...

J’ai discuté avec des gamins qui traînent en ville toute la journée. Ca fait plusieurs fois que, dans le secteur du carrefour où confluent les trois routes d’accès à la ville (et où tous les soirs j’entends des tirs appuyés) je trouve des débris de ce que je reconnais (en bon Brestois) immédiatement comme des canettes de bière.

Or une chose est sûre, à Jénine, on ne boit pas. Il est impossible de trouver de la bière à Jénine, demandez à n’importe quel étranger il vous le confirmera avec un air dépité. De là à la boire sur la grand-place si on en trouvait, vous imaginez le fossé. Spontanément, sans que j’en parle, les gamins m’ont expliqué que les soldats dans les chars la nuit boivent et jettent les bouteilles dehors. Parfois ils invitent par haut-parleur les gamins à venir boire avec eux...

Un grand terrain de jeux, vous dis-je. Si un jour leurs mamans apprennent ça, les pauvres Golanis vont avoir des comptes à rendre...



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