Brest-Jerusalem
a la rencontre...
7.9.02 17:15 document     chronique 9.9.02 15:00  
-<  il fait beau... les écrits restent...  ->
 8.9.02

14:10   un mouton... deux moutons...

20:30 / 20:45 - intense activité de la mitrailleuse lourde d’un blindé en ville
21:00 : sud de la ville, marché... tirs
21:15 : centre. tirs

Je vais essayer de tenir un compte des fusillades de la nuit.

Je suis sur ma terrasse. J’ai la théière pleine, le rapport de MSF à lire, plus une interview de Benny Morris, un historien israélien.

21:35 - blindés près du marché

En rentrant du cyber café tout à l’heure, j’étais un peu inquiet parce que j’entendais des blindés approcher de moi sans savoir exactement les localiser. Dans ces cas là, on finit par marcher à reculons, histoire de ne pas se faire surprendre.

La rue qui mène au marché était jonchée de trucs. Mais c’est toujours comme ça en fin de journée, et je n’avais jamais fait attention. Mais là j’ai vu. En fait, les gamins, jamais en manque d’imagination quand il s’agit de faire suer les soldats mettent des fausses bombes un peu partout. Une pompe de machine à laver, un vieux four, n’importe quoi du moment que c’est métallique et volumineux. De là ils font partir du fil électrique s’ils en ont, ou des ficelles. Le char, dans le noir, détecte l’obstacle et est obligé de tirer dessus. Ils ne peuvent pas prendre le risque que ce soit une vraie bombe. J’imagine que ça doit les agacer sévère au bout d’un moment... moi je trouve ça follement drôle.

22:05 - j’entends un moteur de char, au ralenti, mais je ne parviens pas à déterminer la provenance.

C’est évident que les soldats ici sont très inquiets. Il me revient une anecdote que N. m’a racontée. Pendant l’attaque du camp, elle a eu pendant trois jours des soldats chez elle. Seule la belle-mère, âgée de plus de soixante ans, était autorisée à aller et venir pour faire à manger. Les soldats lui ont confisqué tous les couteaux de la cuisine... ils obligeaient aussi les gens à laisser la porte des toilettes ouvertes quand ils y allaient.

22:11 - un blindé vient d’allumer ses phares sur la route de Haïfa et se dirige vers la ville. Je ne savais pas qu’il était là. Il s’arrête après une centaine de mètres. Attente...

22:13 - il se remet en route

22:19 - c’est un Merkava. Il se plante au niveau des premières maisons de la ville, puis fait demi-tour et repart sur la route. Je continue de l’entendre bien après l’avoir perdu de vue.

22:26 - je l’entends manoeuvrer, probablement faire son demi-tour pour revenir plus tard.

22:35 - un blindé fait le tour de la ville par le sud, je l’entends passer...


02:05 - deux blindés au marché ouvrent le feu... en l’air. Le bruit des moteurs remplit la ville entière. Je vois les traceurs rouges lacérer le ciel.

02:12 - les blindés s’éloignent

02:25 - ils sont tout près. Le sol tremble. Ils s’arrêtent, se mettent en position. Je ne sais pas où. Au bout de dix minutes, ils repartent. Au loin, dans la campagne, je vois un projecteur qui cherche... quoi ?

02:33 et 02:39 - le ciel s’illumine. six secondes plus tard, grosse explosion suivie de coups de feu. C’est loin, mais je ne sais pas où. C’est là qu’était le projecteur.

02:40 - j’entends les moteurs des blindés qui reviennent de derrière la colline. Ils s’arrêtent brusquement. Repartent. Le voisin du dessus continue de ronfler.

02:41 - ils progressent par petits coups.

02:43 - rafale près du marché. Seconde, plus longue : les traceurs passent relativement près de mon immeuble. Dans le même temps j’entends des coups de feu plus loin, au même endroit que tout à l’heure (02:33)

02:46 - trois énormes rafales au nord, peut-être dans la zone industrielle. Quand les échos retombent, j’entends des chiens et des coqs... et le ronflement du voisin.

J’entends les deux blindés qui avancent par à-coups.

02:51 - les coups de feu continuent dans le village au loin

02:58 - épidémie de chants du coq. Ca continue de barder sévère dans le village

06:30 - trois énormes détonations, un paquet de tirs, des chars dans la rue, festival de décibels

Depuis, couvre-feu “appuyé”. C’est à dire qu’il y a des incursions incessantes de blindés, que les routes d’accès sont fermées par d’autres blindés, et qu’aucune boutique n’est ouverte, sinon très fugitivement.

Voilà la vie à Jénine.



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