Brest-Jerusalem
a la rencontre...
3.9.02 09:43 chronique     divers 3.9.02 11:00  
-<  un dimanche à la campagne... mise à jour...  ->
 3.9.02

09:44   surprise party !

Ce matin, officiellement on était sous couvre-feu. Il doit être levé de 14:00 à 18:00, ce qui est bien généreux.

On est donc allés visiter une zone industrielle qu'on nous avait recommendée. L'endroit est très à la mode : les Israéliens l'ont visité aussi, jeudi soir.

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Tout un pâté de maisons (ou plutôt de boutiques - imprimeries, garages, ferailleurs, etc...) a été dévasté dans la nuit de jeudi à vendredi par un char. Tous les gens qui avaient un commerce là sont... ont tout perdu. Il n'y a pas d'assurance qui rembourse les dégats de chars israéliens.

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Après ça, on est allés voir le docteur Samer, dont je vous ai déjà parlé, qui se trouvait dans son bureau, puisqu'il y avait couvre-feu. En fait, ce couvre-feu personne n'y croyait bien fort, aujourd'hui. Les boutiques étaient ouvertes, presque toutes. Il y avait tous les marchands ambulants, les taxis, les vendeurs de café...

C'est facile d'oublier le couvre-feu. Bon, parfois il y a une piqûre de rappel.

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Dans ces cas là, pas grand-chose à faire. Il s'agit de ne pas être du mauvais côté du canon, et tout va bien. C'est parfois un peu compliqué, surtout s'ils sont deux. En tous cas, la réaction dans la rue est immédiate. On ferme.

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Mais bon, tous les gens qui étaient dans la rue, on en fait quoi ? Eh bien en fait ils jouent à cache-cache avec les jolies voitures kaki.

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Quand le char approche, ça donne ça...

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En passant, le monsieur dont vous voyez la tête à l'extrème droite de la photo est un des lecteurs du site, qui m'a fait l'amitié d'une visite. Pour le moment, il est très absorbé dans la contemplation de ce qu'on appelle ici un APC (transport de troupes blindé). Les deux mitrailleuses que vous voyez à l'avant sont pilotées de l'intérieur et peuvent pivoter rapidement dans n'importe quelle direction, ce qui les rend très désagréables. Et dangereuses, en fait.

Donc tout le monde évacue la rue. Tout le monde... ou presque de temps en temps, quelqu'un qui en a marre traverse. Sur le côté, un marchand ambulant utilise le mégaphone dans lequel il indique d'habitude ses prix pour proclamer "il est autorisé de circuler dans la ville de Jénine", en caricaturant la phrase des soldats quand ils annoncent le couvre-feu, ce qui fait rire tout le monde. On a bien besoin de cette détente, parce que pour ne rien vous cacher, c'est un peu crispant. Tout le monde est dans les ruelles adjacentes, à regarder ce que le tas de feraille va faire. Il est important ce savoir où il va. Histoire de ne pas y aller soi-même.

Ce qu'on veut éviter à tout prix, c'est ça :

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"ça", c'est un char de combat de type Merkava, qui vous regarde à travers son canon de 130 mm, destiné à détruire d'autres chars de combats ou, le cas échéant, des maisons palestiniennes. Ne vous méprenez pas : je n'ai pas joué le héros pour prendre la photo, j'ai tendu le bras à l'angle de la rue avec l'appareil au bout, et avec le zoom. Je ne suis pas fou. Ils tirent, ces cons. Pas pour tuer, c'est sûr, parce qu'il y aurait eu des dizaines de morts rien qu'aujourd'hui. Ils tirent pour faire peur. Ils tirent pour interdire la vie de tous les jours. Ils tirent pour s'amuser, parfois, aussi.

Voilà, c'est ça la vie quotidienne dans le centre-ville de Jénine. Plusieurs fois par jour, parfois.

Lady P., au Danemark, a repris l'école aujourd'hui. Les enfants de Jénine, non.



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