Brest-Jerusalem
a la rencontre...
3.9.02 09:42 chronique     chronique 3.9.02 09:44  
-<  quand le char n'est pas là... surprise party !  ->
 3.9.02

09:43   un dimanche à la campagne...

dimanche

6 heures. Ca commence à tirer dans le camp. Pendant une heure, j'écoute le concerto en plomb majeur à deux voix, une arme individuelle d'un côté, un char de l'autre. Le char a gagné. Abdelkrim, 16 ans, a perdu. Il est mort. Deux de ses copains ont été blessés.

Irréel : pendant un instant d'accalmie des tirs, je repère un drôle de bruit. Il y a un grand arbre, sur la colline qui surplombe le sud du camp, qui est littéralement recouvert d'une masse d'oiseaux gris, qui font un raffut de tous les diables, comme si de rien n'était.

C'est le deuxième jour de rentrée, après la non-rentrée d'hier. Encore raté, les Israéliens ont décidé de prendre le couvre-feu au sérieux aujourd'hui. Deux chars ont arpenté la ville toute la matinée, ouvrant le feu à tout bout de champ. Résultat : ville fantôme toute la journée. Un silence pesant. Les gamins, confinés dans les appartements et les maisons, sauf exception. Le temps passe lentement, ponctué de rafales d'armes lourdes.

Accalmie à la mi-journée; nous décidons d'aller rendre visite à quelqu'un dans le camp. Les rues sont désertes, jonchées de détritus. Des gamins nous saluent aux fenêtres. Plus rares, certains nous adressent la parole avec les seuls mots d'anglais qu'ils connaissent. Le café internet que je fréquente est fermé, et celui qui est ouvert n'est pas équipé pour que je me branche dessus. De plus, je n'arrive même pas à lire mes mails. Le réseau du café est saturé parce qu'une bonne douzaine de gosses jouent sur les ordinateurs, les uns contre les autres : la salle est saturée de bruits de tirs, sur les écrans on s'étripe au lance-roquettes, histoire de se changer les idées de cette ville où on s'étripe à la mitrailleuse.

Incongru : vers 18 heures, dans le silence ambiant, les cloches de l'unique église chrétienne de la ville se font entendre... si on ferme les yeux on peut se croire dans une campagne européenne quelconque.

La nuit tombe, et un peu d'animation vient avec la fraîcheur. Parce qu'en plus il fait chaud. Mes deux dernières nuits ont été trop courtes et fragmentées : je suis très fatigué. Avec un peu de chance la nuit va être calme...



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