09:30 un crétin, décrètons...
- [quelque chose en hébreu]
- Excusez-moi ?
- [la même chose en hébreu, plus fort]
- Je ne parle pas l'hébreu !
- [toujours la même chose en hébreu]
- [coopératif : ] do you speak english ?
- passport
- voilà ! ([à partir de maintenant, la traduction simultanée est assurée, vous pouvez suivre le dialogue comme si c'était en France]
- vous êtes un touriste ici ?
- non, je suis étudiant !
- [stupéfaction] ici ??? ([doigt pointé vers l'université de Abu Dis]
- Non, par là... [doigt pointé vers Jérusalem]
- ok, allez-y. Mais faites attention.
- Pourquoi, il y a d'autres soldats plus loin ? [je ne sais pas me retenir, et je le voyais un peu venir]
- Non. Attention aux arabes.
Voilà. Voilà le genre de jeunes ploucs qu'on envoie aux check-points où ils doivent essentiellement contrôler des... arabes. Maintenant, si vous vous demandez pourquoi, parfois, ça se passe mal...
Un peu plus loin, dans un taxi à Jérusalem (ouest), nous sommes bloqués dans une manifestation. Drapeaux israéliens partout (mais ça c'est tellement normal que ça ne donne même pas une indication du type de manif), tout le monde le même t-shirt, et des slogans rythmés desquels je ne comprends que les mots "Arik" (petit surnom affectueux donné à Sharon) et "Qalqiliah" (petite ville palestinienne près de la frontière).
Détail intéressant, un bon tiers des manifestants n'a pas 10 ans. Comme quoi l'embrigadement des gamins pour les conneries des adultes, ce n'est pas un monopole. Autre détail, pas intéressant, mais amusant, quelqu'un dans le lot tient en laisse un... canard. Je n'ai pas pu me faire expliquer la symbolique du canard.
Explication de la manif : les habitants de Mata, riante petite ville israélienne proche de la fameuse ligne verte, et donc de la non moins fameuse "clôture" à venir, se sont rendus compte avec horreur que leur village était en face de Qalqilliah. Il était temps. Notez que depuis le début de l'Intifada, aucun problème sérieux n'a été recensé avec ces voisins là.
Ils se sont aussi rendus compte que le mur va passer devant chez eux. Que ça va les obliger à changer de route pour rentrer chez eux. Que les chars qui patrouilleront le long du mur vont faire du bruit, ce qui va nuire à leur qualité de vie. Sisi. Horreur suprème, ils ont déterminé par de savants calculs que Qalqiliah va s'étendre jusqu'au bord du mur et que leurs enfants seront à portée des vilains snipers palestiniens !
Alors ils manifestent. En demandant quoi... ? Qu'on déplace Qalqiliah ?
Le chauffeur du taxi - israélien - nous dit : "ce n'est pas sérieux. Ces gens ne réfléchissent pas. Ils croient avoir lu l'histoire, mais ils n'ont rien compris à ce que l'histoire nous enseigne. L'histoire nous enseigne que quand un peuple commence à se croire supérieur aux autres, il finit par disparaître, et c'est ce qui est en train de nous arriver."
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