23:20 question de morale...
Aujourd'hui, l'épicier du coin pensait qu'on allait avoir couvre-feu. Il disait ça parce qu'aujourd'hui, il y avait le grand IDF show à Abu Dis : démolition des maisons de deux gars qui s'étaient fait sauter je ne sais où il y a plus d'un an. De fait, un hélicoptère tournait au dessus d'Abu Dis.
En fait, le show n'a pas eu lieu aujourd'hui, les familles ont fait appel à la justice qui comme d'habitude confirmera - mais demain - la démolition. Et ainsi le show pourra avoir lieu.
Je me suis retenu jusqu'aujourd'hui de dire ce que je pense de ça, parce que dans un sens je sors de mon rôle de témoin quand je prends position. Mais bon, on ne se refait pas : je trouve que démolir les maisons des familles des gens qui ont fait des attentats, c'est le degré zéro de la morale, et pour ce qui est de l'intelligence, on est dans le négatif.
Un type commet une horreur, et on punit toute sa famille. Au sens large, quand on sait combien de personnes de la même famille peuvent cohabiter dans une maison palestinienne. Le prétexte ? Les familles devraient dénoncer le méchant avant qu'il passe à l'acte, et puis ça fait réfléchir les autres.
Ca, c'est pas de la justice. C'est de la grosse démagogie dégueulasse à l'usage des Israéliens qui ne réagissent même plus. Bien sûr que les gamins du vilain, les bébés, les grands-parents, la petite soeur, bien sur, tous coupables ! Mais pourquoi est-ce qu'on se contente de démolir les maisons ? On pourrait je ne sais pas, moi, les fusiller ? Comme dans les temps héroïques de l'URSS ! Comme en Albanie ! Comme dans toutes les grandes démocraties quoi ! Le cousin ? Coupable ! Le voisin, dont la maison va aussi souffrir pendant la destruction ? Coupable ! Les gens dont les fenêtres vont voler en éclats ? Coupables !
C'est l'officialisation de la loi de la jungle. Je suis le plus fort, tu ne peux pas te défendre : crêve. On fait avaler au citoyen israélien que c'est de la dissuasion, et que ça marche. Que pour sauver ne serait-ce qu'une hypothétique vie israélienne, on a le droit, moralement, de condamner toute une famille à la misère, à la disgrace, et parfois à l'errance. La vie des uns est tout, celle des autres n'est rien. La vie des Palestiniens ne vaut rien. Pour tuer un type (sans jugement) dont on suppose ("tout accusé est présumé innocent, etc...") qu'il est derrière des attentats, on balance un pruneau d'une tonne, on flingue 16 innocents dont onze mômes, et le type qui ordonne ça ressort de là en expliquant que du moment que ça sauve des vies israéliennes, c'est moralement acceptable.
Désolé, la morale, c'est autre chose.
C'est exactement comme à Jénine. C'est facile de faire la fine bouche et de faire remarquer qu'avec 53 malheureux cadavres on ne fait pas un massacre. La vie d'un homme, monsieur Sharon, c'est plus que ça. En lui retirant sa maison, son cercle familial, son cercle social, son moyen de subsistance, on tue un homme aussi sûrement qu'en lui mettant une balle dans la tête : on lui supprime sa vie. A Jénine, 5000 personnes ont été privées de leur vie.
Tout dans ce système me donne envie de hurler, ou de vomir. Voire les deux.
Le seul truc un poil amusant là-dedans, c'est qu'en perdant leur âme avec ce genre de procédés et de raisonnements infames, les Israéliens contribuent à créer l'âme Palestinienne.
Mais ça ne console personne, naturellement.
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