10:17 la trouille...
[01:25]
Je me réveille. Je ne sais pas pourquoi. Je ne me sens pas bien, pas à l'aise, pas tranquille. J'épie la nuit, j'essaie de trouver dans le silence une raison de ne pas avoir peur. Car c'est bien de ça qu'il s'agit, j'ai peur.
Et d'un seul coup ça déchire la nuit, j'ai l'impression que c'est juste à côté de moi. Une longue, terriblement longue, rafale de mitrailleuse lourde. Et puis quand elle s'arrête, j'entends enfin ce que j'aurais dû identifier à la première microseconde à laquelle je me suis réveillé : le sourd grondement d'un moteur de Merkava au ralenti.
J'ai le coeur qui bat à grands coups, je suis secoué, affolé, pétrifié, je n'ose pas bouger sur mon matelas.
Mon cerveau, car il est encore là, malgré tout, me dit que je n'ai pas à avoir peur, que ce n'est pas vers moi que... et ça recommence, une autre rafale, encore plus longue, plus bruyante, plus terrifiante !! Peut-être 6 ou 7 longues, interminables secondes, 6 ou 7 seconde de nuit, de vie déchirée, comme un drap qu'on arrache.
Je me rends compte que je tremble. Le moteur du char monte en régime, il bouge lentement, j'entends les chenilles cliqueter, tout mon esprit est tendu, concentré, vers ce bruit ignoble, terrifiant.
Le char accélère, il s'éloigne.
Je me rends compte que c'est probablement quand il s'est arrêté, pas trop loin, que je me suis réveillé. Mon esprit l'a entendu arriver, mais le signal d'alarme interne n'a retenti que quand j'ai compris qu'il s'arrêtait pas loin.
Je l'écoute s'éloigner, et c'est seulement quand je perds sa trace que j'ose appuyer sur une touche de mon téléphone pour savoir l'heure qu'il est.
Puis, quand je décide de taper ce texte, pour vous faire partager cette trouille immonde, innomable, qui m'a secoué, je le fais dans le noir. Je n'ose pas allumer la lumière. Rationnellement, je sais que c'est idiot, imbécile. Mais j'ai la trouille.
Il n'est qu'une heure et demie. La nuit est encore longue de trouilles à venir. Toutes les nuits sont comme ça. Un chien hurle à la mort dehors. Un bébé pleure. Je vais comme à chaque fois me retourner longuement sur mon matelas, épiant les bruits de la nuit, pour ne pas être pris par surprise.
Combien de temps avant que je sois assez détraqué pour passer une nuit normale malgré cette merde ? A travers un mur, ou la fenêtre ouverte, je ne sais pas, j'entends quelqu'un ronfler. Combien de temps vais-je mettre à me rendormir ?
C'était pareil la nuit d'avant. Et chaque nuit que j'ai passée à Jénine, à un moment ou un autre je me suis réveillé en sursaut, la trouille au ventre, soit parce que ça tirait, soit... parce que rien ne se passait.
Et chaque fois je me retrouve à essayer de discerner dans le tissu des bruits qui font le silence de la nuit lequel je dois craindre.
Je vais essayer de me rendormir...
[02:12]
Rien à faire pour me rendormir...
[02:17]
Il y a un char qui bouge. Par à-coups. Il doit se mettre en position. C'est loin.
[02:27]
Un coup de feu.
[02:32]
Un APC se bouge à pleine vitesse. Il vient par ici. Le bruit fluctue en fonction du fait qu'il y ait des bâtiments entre lui et moi. Il ralentit. Il grimpe la côte, j'entends le moteur forcer. Il stoppe. Repart. Accélère. Maintenant je peux entendre le bruit des chenilles.
Il s'éloigne. Non. Les bruits sont atrocement trompeurs. Il est au ralenti maintenant. Immobile, mais le moteur fait tout de même beaucoup de bruit.
[O2:49]
Il repart. Il sprinte une dizaine de secondes, puis s'arrête.
[02:53]
Il roule plein pot dans les rues. Vacarme.
[03:19]
Il continue de rouler, mais loin. J'essaye de me rendormir.
[08:15]
Ca a marché !
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