Brest-Jerusalem
a la rencontre...
16.8.02 11:55 chronique     humeur 17.8.02 10:42  
-<  le contrat de confiance... chacun son Islam  ->
 16.8.02

11:56   Godot, avec nous !

Hier, à Yabed, je discutais tranquillement quand nous avons entendu des annonces par haut-parleur. En fait c'était en bruit de fond depuis un moment, mais on n'y avait pas prêté attention. Imad est sorti pour écouter ce que ça disait, et m'a dit que c'était la remise de diplômes de fin d'études secondaires (lycée). On est aussitôt partis pour voir ça.

Pauvre, pauvre cérémonie. Un brave gars tripote un synthé pour faire musique d'ambiance, les professeurs sont alignés en rang d'oignon, et les élèves défilent un par un, appelés par le speaker au micro. Ils serrent la main des profs, reçoivent un papier mal imprimé, et repartent. Beaucoup portent une petite écharpe en noir blanc et gris, couleurs du Fatah. C'est le mouvement de jeunesse du Fatah qui organise la cérémonie. Mais pas de politique là-dedans, en fait. Enfin pas grand-chose. Dans un coin il y a un petit bonhomme de peut-être 6 ans habillé en uniforme avec un béret vert sur la tête et un pistolet en plastique. Il s'ennuie.

Je discute avec le directeur de l'école. Il m'explique que cette remise de diplôme a lieu 42 jours en retard, à cause des fermetures de routes et de villes. Il me dit que dans certaines villes, l'année scolaire n'est pas encore finie. Il évoque les difficultés financières des élèves, qui doivent payer - pas grand-chose, je crois - pour l'école. Mais il exprime la certitude absolue que l'éducation est primordiale pour tous les Palestiniens. Il pense que 70% des élèves qui ont reçu leur diplôme aujourd'hui iront à l'université. Malgré les barrages, malgré le prix de l'université. Parce que l'éducation des enfants, filles et garçons, sans discrimination, est primordiale. Il est visiblement totalement convaincu de ça. Et le cercle des élèves qui nous a entourés acquiesce.

Un peu plus tard j'ai une longue conversation avec Mustapha, qui est pour le moment contraint d'arrêter ses études par manque d'argent. Mustapha veut devenir programmeur informatique. Ses parents ne peuvent plus payer pour l'université arabe américaine de Jénine. Ils pourraient payer pour Naplouse, mais Naplouse, Mustapha n'a plus le droit d'y aller. Tout est fermé. Et par dessus tout ça Mustapha sait très bien que même s'il pouvait faire et terminer ses études, il n'y a pas de job qui l'attend.

Ses parents avaient gardé "pour les jours noirs" un lopin de terrain qu'ils comptaient vendre. Personne ne peut l'acheter.

Alors Mustapha passe ses journées entre chez lui, la rue, et le café internet. Quand il y a de l'électricité.

Mustapha attend la paix qui devrait tout débloquer.

Mustapha et ses amis attendent.



lien accueil
lien archives
lien jenine
lien contacts
lien liens

img contacts