11:48 caféine...
Ce matin, après une douche hollywoodienne dans ma "nouvelle" salle de bains toute propre, et après une longue nuit (je n'ai été réveillé par les tirs d'un char qu'une seule fois : le luxe !), je me suis rendu au cyber-café d'où je vous poste cette chronique.
J'ai reçu là un coup de téléphone d'un ami, qui voulait me voir de toute urgence au centre-ville. Yalla, me voilà parti. Il m'annonce tout de go qu'il m'emmène chez lui, dans son village, à une douzaine de kilomètres de Jénine, pour deux jours, est-ce que j'ai une objection, non, merci.
Bon.
On avait rendez-vous à la gare routière (un café). Un petit crochet dans un bureau pour envoyer un fax (un café), un petit détour dans une boutique de cassettes audio (un café), où on va voir un de ses amis. Il nous emmène dans l'arrière-boutique. Il y a là une batterie de magnétoscopes (petite batterie, hein, quatre) qui copient des cassettes toute la journée. Je regarde sur l'écran : un défilé de "l'armée palestinienne" quittant Beyrouth, dans des circonstances et à une date que personne n'a vraiment su m'expliquer). Et puis mon ami Mohammad se fait dupliquer vite fait une cassette, pour moi. Si j'ai bien compris ce sont des images du camp de Jénine pendant l'attaque israélienne, ça promet.
On retourne à la gare routière pour prendre un taxi (un café), et en route pour le village. La route est ubuesque : la plupart du trajet se fait à travers champs à cause des checkpoints qui ont poussé comme des champignons ces temps derniers. Le village est quasiment enclavé en territoire israélien.
Quand j'arrive (un café) on me présente à la famille. Immédiatement je suis submergé de photos du défunt de la famille, mort dans le camp en dirigeant la résistance (non, j'ai pas dit le nom), et on commence illico (un café) à me traiter comme un prince.
Il n'y a pas d'électricité. C'est comme quand j'étais à Zabbabdeh, la municipalité n'est pas reliée au réseau et dépend d'un générateur, mais n'a pas assez d'argent pour avoir du mazout en quantité suffisante pour un approvisionnement constant. Promis, on déjeûne à une heure, on attend juste que le courant soit revenu (un café) pour cuire le pain.
Entre temps, on discute (un café). Mon tout petit arabe, quelques mots d'anglais, quelques crobards sur une feuille de papier, et on s'en sort. Je découvre (un café) que c'est plus facile pour moi de parler arabe si personne ne parle anglais, ce que j'aurais pu deviner. Le courant ne revient toujours pas (un café).
Les gamins se succèdent dans le salon où je trône. Les plus jeunes sont vraiment timides, sinon beaucoup de sourires et de gloussements. La femme de mon ami a disparu. Au bout d'un moment il m'emmène sur le toit, et là je découvre qu'elle est en train, puisque le courant ne revient pas et qu'il est hors de question de me faire attendre, de cuire le pain dans un vieux four à gaz.
On m'explique qu'elle fait du pain tous les jours, pour sa famille (6 enfants) et la famille du défunt frère (9 enfants), sans compter les parents. Une cinquantaine de pitas par jour, elle cuit, la dame. Ici, tout est fait maison, parce que tout est trop cher à acheter. Le mari, Mohammad, n'a pas travaillé depuis trois ans, est bien entendu très interdit de séjour en Israël, et tourne en rond.
En attendant le pain (un café) il me montre du toit les colonies avoisinnantes. Il y en a beaucoup.
J'ai comme une aigreur à l'estomac. Ca doit être le café...
Le pain est prèt, on peut manger !! (du thé !!!!!!!)
Là, c'est le choc pour moi. Mohammad et moi passons à table, avec le fils (9 ans), et la petite dernière qui jouit visiblement d'un régime de faveur. Les autres femmes de la maison sont alignées sur les fivans, nous regardent manger, et la fille aînée se précipite dès qu'un de mes verres a ne serait-ce que l'air de se vider. J'ai assez d'heures de vol pour ne pas faire de commentaire et ne pas poser de questions, mais ça me fait tout de même bizarre. D'autant que peu avant Mohammad m'expliquait qu'il n'était pas si religieux, n'avait pas l'intention de faire le pélerinage de La Mecque, et que d'avoir Allah dans son coeur lui suffisait bien.
Le repas est absolument délicieux. Tout est fait maison, et ça se sent. Le humus notamment, est glorieux.
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