Brest-Jerusalem
a la rencontre...
5.8.02 19:15 chronique     chronique 6.8.02 08:58  
-<  à pieds, à cheval ou en voiture... deux poids, deux mesures...  ->
 5.8.02

23:15   as it is...

Au regard des événements de cette dernière période et des conversations que j'ai pu avoir, à la lecture des commentaires sur ce site, je ressens le besoin de mettre un peu à plat ce que je pense, sais, ou crois savoir, à propos de ce qui se passe ici.

D'abord, je n'ai pas fait ce site pour être le porte-parole - ni l'accusateur - de qui que ce soit. Je ne prétends jamais à la neutralité. Je me méfie des neutres. Je prétends à l'honnêteté.

D'abord la base. J'habite un pays occupé par un autre pays. Certains Israéliens disent qu'ils n'occupent pas ce pays et qu'il leur appartient, donné par Dieu. J'ai choisi une bonne fois pour toutes d'accorder plus d'importance à la loi internationale qu'à la parole de Dieu. La loi internationale dit que ces territoires sont occupés par Israël. Dans ce cadre juridique, un certain nombre de dispositions s'appliquent, et Israël a choisi de participer au système qui a défini la loi internationale (la même loi internationale qui a créé l'état d'Israël; en vertu de quoi je m'oppose systématiquement à ceux qui demandent la destruction d'Israël).

Je pense que ce qui a été fait en 1948 a été mal fait, et que cela ne pouvait que générer des injustices. D'un autre côté, je ne suis pas plus malin que les autres, et je ne sais pas ce qu'il aurait fallu faire. C'était peut-être la moins mauvaise des solutions, une formule qui revient souvent quand on parle de démocratie à l'oeuvre. Quoi qu'il en soit, à l'issue de ce processus, l'état d'Israël a été créé avec la bénédiction des instances internationales. Il est là, et il est normal qu'il puisse y rester, et que ses habitants puissent bénéficier des mêmes droits que tout un chacun. Vivre en paix et en sécurité est l'un de ces droits fondamentaux.

Je ne vois pas comment ce droit pourrait être refusé aux Palestiniens, quelle que soit la structure juridique au sein de laquelle on les retrouve.

Voilà pour la base. Deux peuples. Mais un seul état.

Maintenant, le présent. Ce tourment de feu et de violence, qui frappe sans discrimination les deux camps.

Arafat, au piquet !
Parlons de la violence palestinienne. Ces attentats visant les populations civiles. Beaucoup disent qu'ils sont la seule arme de ce peuple. Je dis que ce n'est pas une raison pour flinguer des civils. Comme le dit fort justement le rapport d'Amnesty, rien ne justifie qu'on tire de sous le lit une gamine de cinq ans pour lui coller une balle dans la tête. Rien ne justifie qu'on attaque un bus scolaire, comme ça a été le cas récemment, ni qu'on fasse sauter un bus, une pizzeria, ou n'importe quoi. Chacun de nous, si notre pays était confronté à ça au quotidien, prendrait probablement des positions très tranchées. C'est ce qu'on peut lire dans certains des commentaires du site, et je respecte cette position.

Mais je ne peux la respecter totalement que si elle prend en compte aussi la violence israélienne. J'y reviendrai.

Je crois que l'autorité palestinienne en place est au moins partiellement responsable de cette escalade de violence. La corruption quotidienne, le maintien d'un niveau de vie relativement bas (les fonctionnaires sont payés une misère, les efforts de développements ont été inexistants), ont poussé la population palestinienne dans les bras de mouvances en apparence plus "pures" et dures.

Une autre chose que je reproche aussi à l'autorité palestinienne, c'est de n'avoir pas combattu les Israéliens lors des incursions. Là encore, la population ne peut pas voir dans les différents appareils de sécurité palestiniens des forces qui la protègent. Ces appareils ont donc perdu tout respect de la part de la rue, pavant encore une fois le chemin pour les organisations qui "au moins" défendent (en apparence) la population. Si l'intifada pouvait être résumée par "la police palestinienne se bat contre les israéliens chaque fois qu'ils font une incursion" plutôt que par "les groupes extrémistes font des attentats en Israël", l'image du conflit ne serait pas la même, et du reste le conflit ne serait pas le même.

La police palestinienne, justement, ne prend jamais part aux combats. Les Israéliens auraient eu de tous autres problèmes si à Jénine, par exemple, la police avait rejoint les combattants du Jihad, du Hamas et du Fatah. Or, seuls quatre policiers, sur les plusieurs centaines présents à Jénine, ont choisi de se battre. Si les Israéliens avaient eu en face d'eux non pas deux cent (?) amateurs équipés de bric et de broc mais environ 500 combattants plus ou moins entraînés et tous armés, l'histoire n'aurait pas été la même. Si les Israéliens avaient eu à combattre le bon millier de policiers de Ramallah au lieu d'avoir juste à les trouver chez eux, là encore, il est probable que les choses n'auraient pas été si simples.

Mais l'autorité ayant choisi de ne pas se battre, les seuls à "relever le défi" sont les extrémistes, et ils sont les seuls à en retirer le crédit. Crédit que l'autorité n'a plus.

Sharon, au piquet !
Le discours du gouvernement israélien est simple, voire simpliste : Israël a le droit de se défendre contre le terrorisme. Le seul problème, c'est que le terrorisme tel qu'on le connait aujourd'hui est largement postérieur à l'occupation. Dans le temps.

Or, et cela les Israéliens ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir, l'occupation est une violence quotidienne insupportable. Et elle est exercée sciemment, sur ordre. Tous les jours. Il n'est pas un seul point de la vie des Palestiniens qui ne soit réglé par les Israéliens. On peut arguer tout ce qu'on veut de l'incapacité de l'autorité palestinienne à gérer les affaires de son peuple, il serait incomplet de ne pas ajouter qu'Israël ne l'aide pas, bien au contraire.

Pour ne parler que de la période dont j'ai été un témoin direct, il est tout de même curieux de constater qu'entre décembre et mars, il n'est pas passé de jour sans qu'Israël exige des Palestiniens qu'ils prennent de mesures contre les extrémistes. Mais il n'est pas passé de jour non plus sans qu'ils humilient, ou incapacitent l'autorité, lui enlevant et le crédit moral et les moyens matériels de faire ce qu'ils lui demandaient. Pourquoi ?

A chaque frappe d'un groupe extrémiste religieux a succédé une action violente contre l'autorité, à laquelle on reprochait par la suite de ne pas consacrer son énergie à la chasse aux terroristes. Je ne suis peut-être pas politicien de profession, ni policier, mais à vue de nez déglinguer de façon systématique les commissariats et les prisons ne me parait pas la méthode la plus sure si on veut arrêter des gens. Ou alors on va m'expliquer que les cellules terroristes venaient dans les prisons pour organiser leurs petites sauteries ?

Mais tout ça c'est de la petite bière. La vraie violence israélienne est ailleurs. Elle est sur les routes de campagne, au coin des bois, dans les carrefours. Elle est dans les files d'attente. Dans les millions d'heures perdues en chemins de traverse. Dans chaque petit manque de respect facilement évitable. La violence israélienne est difficile à montrer à la télévision. D'ailleurs, souvent, on empêche la télévision de venir. Et quand ils viennent quand même, parfois ils meurent. Et quand ils survivent, si leurs rapports ne plaisent pas, leur chaîne disparait. CNN va probablement disparaître en novembre. Des journalistes palestiniens sont en prison sans jugement.

Parfois la violence israélienne est plus palpable. J'invite tout le monde à aller visiter n'importe quel camp de réfugiés maintenant. Mobilier saccagé, murs défoncés, portes arrachées, vêtements détruits... on dit que les victimes d'un cambriolage souffrent d'un viol de leur intimité, mais que dire du saccage systématique des camps ? Car il a lieu. Et si les Israéliens ne le savent pas, ils seront peut-être surpris quand on les mettra nez à nez avec ces faits, et leurs conséquences : la haine.

Si rien ne justifie qu'on tire une gamine de sous son lit pour l'abattre, rien ne justifie les exécutions sommaires, les boucliers humains, les dégradations systématique, la destruction de l'appareil administratif, scolaire, des infrastructures. Les exemples sont légion, et seule la mauvaise foi ou une très mauvaise information permet de les contester. Ils ne sont pas les fruits de brebis galeuses mais d'une politique. Les chiffres parlent.

bon, et alors ?
Alors personne n'a plus confiance en personne. Ca va dans les deux camps jusqu'à l'absurde. Mais les deux camps ont des torts, apparemment suffisament pour qu'on les renvoie dos à dos.

Ce qui nous ramène à la situation de départ. Je vis dans un pays occupé par un autre.

En son temps, Israël a su pratiquer le terrorisme qu'elle reproche aux Palestiniens. Tel ancien premier ministre a organisé l'attentat contre l'hôtel King David à Jérusalem "pour combattre l'occupant". Tel autre a ordonné Deir Yassin "pour leur faire comprendre". Aujourd'hui ce sont DES Palestiniens, et non LES Palestiniens. C'était dégueulasse à l'époque, ça l'est maintenant.

Il faut qu'un leader courageux émerge dans un camp ou/et dans l'autre pour casser le cercle vicieux. Mais on peut dire que les Israéliens ne permettent pas à l'opposition à Arafat à se faire entendre, en focalisant tout sur Arafat et en en faisant le héros d'une population meurtrie. Comme on peut dire que le Hamas et les groupes qui recourrent à la terreur font le jeu de dirigeants comme Sharon, en focalisant toute la population israélienne sur la terreur au lieu de la faire réfléchir sur la notion d'occupation.

Quand un de ces vrais leaders d'un côté ou de l'autre émergera, un de ceux capables de focaliser son peuple sur l'objectif à atteindre, cette paix, plutôt que sur le prochain étage de l'engrenage, alors peut-être on pourra avancer.

je ne souhaite pas me taper 120 pages de commentaires. Ceci est mon opinion. Je l'écris au moins autant pour moi que pour vous.



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