Brest-Jerusalem
a la rencontre...
1.8.02 17:10 chronique     chronique 1.8.02 20:19  
-<  Agacement... ONU soit qui mal y pense...  ->
 1.8.02

19:22   Demain... ? Il fera jour. Peut-être.

Mesure défensive, mesure vexatoire, la limite est parfois floue, alors qui sait... ?

Je sais que le checkpoint sur la route de Jéricho dont je vous parle souvent, Ras al amud, est désert ce soir. Le checkpoint a apparemment été déplacé jusqu'au carrefour d'Abu Dis. Ca neutralise d'un coup pas mal de routes de contournement.

J'ai voulu vérifier si je comprenais bien la technique employée, et je suis allé à pieds au Tammam dont je vous ai déjà parlé pour prendre des photos du style "avant-après", parce que je suis certain que si le checkpoint reste au carrefour d'Abu Dis, ils vont aussi fermer totalement le carrefour du Tammam.

Pas de bol, ils ont été plus rapides que moi, il y avait une douzaine de soldats au Tammam qui repoussaient tout le trafic. Inquiétant : ces soldats ne portaient pas le béret vert de la police des frontières, mais le noir, et je crois que c'est le génie. Les bulldozers, en clair. J'ai donc bien compris. A confirmer.

Il y a une route d'environ 200 m entre le Tammam et le carrefour d'Abu Dis, donc entre le nouveau checkpoint et le groupe de soldats.

Sur cette route, un petit groupe hésite. Ils sont pris entre deux feux. Travailleurs clandestins à Jérusalem, ils ne peuvent pas prendre le risque de se faire contrôler, vu qu'ils sont pour la plupart habitants de Betléhem, où ils ne rentrent qu'une fois par semaine.

Ils sont bloqués. Je vais les voir, on échange quelques mots, et on décide de tenter passer à travers les jardins pour retomber un peu plus loin sur la route principale, après le contrôle. L'un d'eux a une jambe abîmée, et boîte bas.

Je décide de les accompagner, je veux savoir comment ils vont gérer ce problème là. Ils ne comprennent pas que je veuille venir avec eux. Ils me disent qu'avec mon passeport je peux passer sans problème. Ils pensent avoir compris quand je leur dis que je suis français. De l'avis général, les soldats n'aiment pas les Français. C'est une explication qui en vaut une autre.

De jardin en jardin, on escalade des clôtures, des murs. A un moment il faut descendre un mur de pierres de près de trois mètres de haut, j'aide le gars qui a une jambe abîmée. On parle. Il se trouve qu'il connait un des collègues de travail palestiniens de Lady P. Petite Palestine.

On débouche dans la cour d'une maison, un des gars demande gentiment à la dame qui est là si il y a moyen de retrouver la route. Elle nous indique un escalier. On descend, et voilà, on est passés. La femme n'a exprimé aucune surprise, n'a posé aucune question, comprenant immédiatement qu'on voulait éviter le checkpoint. Pour quelqu'un qui fuit les soldats, aucune porte n'est fermée. C'est illusoire d'espérer une solution du style checkpoint.

Tant qu'il y aura des employeurs israéliens qui continueront à employer des Palestiniens clandestins parce que c'est pas cher (et c'est des milliers tous les jours), il y aura des chemins de traverse. Et on peut faire confiance à l'appât du gain pour que ça dure.

La seule vraie solution, c'est la fin de l'occupation, et à ce moment la population palestinienne isolera d'elle même les éléments extrémistes. Elle les tolère parce qu'elle ne croit pas à un processus qui ne commence pas par une fin de l'occupation, elle ne les tolérera plus dès qu'ils risqueront de mettre en danger une paix existante à laquelle tout le monde tiendra. Pour les Palestiniens, la paix, c'est la fin de l'occupation.

Pour ces ouvriers, de quoi demain sera fait... ? Combien de murs à franchir, de clôtures à passer... peu importe. Inch' Allah, demain ils iront travailler. Et si on les en empêche... qui sait ?



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