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 26.7.02

19:50   à lire absolument...

La traduction d'un article d'Hannah Kim dans Ha'aretz d'aujourd'hui.

Cet article est remarquable à plus d'un titre. Il montre des changements profonds dans la démarche palestinienne, offre des révélations surprenantes sur le rôle de l'Europe dans la région... et jette une lumière impitoyable sur l'opération israélienne de Gaza lundi soir.

Le texte original, pour les puristes, se trouve ici.

entre les lignes : assassinat d'une initiative

par Hannah Kim

La tradition coloniale britannique se trouve derrière les développements dans la direction de la milice Tanzim et de l'organisation militante islamique Hamas ces deux derniers mois. L'ambassade britannique avait commencé à invoquer le fantôme de Lawrence d'Arabie quand soudainement il est apparu une chance de tournant dans le conflit tribal du Proche Orient.

Lundi, à minuit, cette perspective a avorté quand une bombe d'une tonne a aterri sur le domicile d'un important leader du Hamas Salah Shehadeh. Cette liquidation a liquidé une intéressante démarche de cessez-le-feu de la part des Palestiniens, une démarche qui impliquait le leader spirituel du Hamas Sheikh Ahmed Yassin.

Contrastant avec des efforts similaires dans le passé, auxquels les États Unis étaient mêlés, cette démarche venait de la base Palestinienne. Le président palestinien Yasser Arafat n'en a rien su avant qu'elle porte ses fruits sous son nez. Elle a surgi du vide que les Américains ont laissé. Dans l'année écoulée, ce sont en fait les Anglais qui ont résolu les problèmes au quotidien entre Israël et les Palestiniens. Ils ont une expérience historique en matière d'étouffement de conflits locaux dans des colonies. L'Intelligence Service britannique dans le Proche Orient est considéré comme bien meilleur que la CIA américaine, laquelle a compris avec 15 ans de retard, et seulement après avoir été aiguillonnée par le 11 Septembre, que le concept de s'en remettre au renseignement électronique plutôt qu'à l'humain avait été une erreur. Les données pures et les photos satellites ne sont pas assez. Il faut que quelqu'un comprenne ce qu'elles veulent dire.

Les services de renseignement anglais ont été l'élément dominant de cette initiative. De longues années de familiarité avec les principaux dirigeants palestiniens, avec les leaders de la rue et avec la rue elle-même, ont payé. L'implication de l'Europe dans l'aide humanitaire aux Palestiniens a créé de la confiance sur le terrain, avec pour résultat que les agents, que ce soit en la peronne d'agents humanitaires ou autres, ont été capables de recueillir l'information directement de la population locale.

Il y a quelques années, une équipe a été constituée sous la supervision de Javier Solana, le représentant de la Communauté Européenne au Proche Orient. Dans les faits, l'équipe était constituée d'observateurs internationaux dans tous les sens du terme. Pendant que les Américains restaient confinés dans leurs consulats ou leur ambassade, coupés de la rue palestinienne, les membres de la petite équipe inféodée à Solana - une équipe dans laquelle l'influence anglaise était prépondérante - tenait des réunions à l'ambassade d'Angleterre en Israël ou à la Muqata (quartier général d'Arafat) à Ramallah, après être restée en contact continu avec la rue palestinienne.

Ce sont les observateurs anglais de l'équipe qui ont poussé les deux parties à accepter un compromis au siège de l'église de la nativité à Betléhem pendant l'opération Defensive Shield, après que les américains aient lamentablement échoué. L'équipe de Solana, qui avait gagné la confiance de la base palestinienne, a mis en péril la clandestinité de son travail et a apporté une solution à la crise. Le même schéma s'est répété dans d'autres situations de crise. Les milieux de la défense israéliens, qui sont fermement opposés à l'idée d'observateurs internationaux stationnés dans les Territoires, ont accepté cette équipe et coopéré avec elle, en grande partie parce que l'équipe n'a jamais eu la prétention de se transformer d'un groupe de six à un contingent de 300, puis à une force de 3000 observateurs internationaux.

Un besoin de calme

Dans les deux derniers mois, l'équipe Solana a cru percevoir un changement dans l'approche palestinienne, pas au niveau ministériel, mais à la base. L'équipe a discerné ce glissement en premier lieu au sein du Tanzim, l'organisation qui a pris la plus grande part de la confrontation avec l'armée israélienne et en a tiré une popularité sans précédent au niveau de la rue palestinienne, bien que ce ne soit pas reflété au niveau de son influence politique.

Le Tanzim avait besoin d'élections et plus particulièrement de primaires au sein du Fatah, pour obtenir le niveau de contrôle qui placerait ses membres aux postes clés. Et pour prendre le contrôle du Fatah, le Tanzim avait besoin d'une période de calme dans les hostilités avec Israël, autant qu'il avait besoin de calme pour s'assurer que des réformes seraient introduites dans l'Autorité Palestinienne. Et du calme, ça signifiait un accord de cessez-le-feu avec Israël.

Au cours des dix dernières semaines, le chef du Tanzim, Marwan Barghouti - de la cellule où les Israéliens le maintiennent - a partagé l'évaluation selon laquelle l'intifada armée n'avait pas fait avancer l'idée de deux états pour deux peuples. Il a aussi commencé à parler ouvertement du besoin de se débarasser d'Arafat, un message qui est devenu de rigueur dans les hautes sphères du Tanzim. Les seules divergences d'opinion étaient de savoir si Arafat devait rentrer chez lui, pas de savoir si il devait à long terme abandonner sa place.

Le groupe Solana a identifié ce changement d'approche et aussi remarqué un changement intéressant au Hamas. Il est possible que la décision saoudienne de sortir du placard - sous la forme de leur proposition de paix, qui cite le besoin de mettre fin au conflit avec Israël - ait eu une influence, puisque le Hamas reçoit la plus grande part de son financement de l'Arabie Séoudite. La faiblesse d'Arafat a aussi joué un rôle dans le fait qu'un nombre croissant de responsables du Hamas a commencé à parler d'un besoin d'élections au sein de l'Autorité Palestinienne - que cette fois-ci il ne boycotterait pas comme par le passé. Des dissensions sont apparues entre les extrémistes du Hamas qui refusent de voir leur organisation comme un parti politique de plus pour faire un accord avec Israël, et les autres qui suivent la ligne saoudienne et sont fatigués de cette situation.

L'équipe Solana a réalisé que le potentiel existait pour faire quelque chose d'intéressant, et peut-être même sans précédent : faire apparaître une initiative pour un cessez-le-feu unilatéral qui viendrait de la rue et non de la direction palestinienne. Il était constamment question du modèle Sud-Africain : les noirs d'Afrique du Sud, ont expliqué l'équipe Solana au Tanzim, n'ont obtenu l'égalité qu'après avoir pris sur eux la responsabilité de persuader les blancs qu'ils ne seraient pas défavorablement touchés par cette initiative. En d'autres termes, apporter la preuve que la sécurité des Israéliens ne sera pas affectée en cas d'accord est l'affaire des Palestiniens.

À l'étape suivante, quelques responsables du Tanzim ont accepté de mener une initiative de cessez-le-feu unilatéral avec Israël, sans contrepartie. Avec la médiation de l'équipe Solana, l'idée a été exposée à des figures de proue de l'autorité palestinienne, dont Mohammed Dahlan et Nabil Sha'ath. Mais pas à Arafat. En même temps, les chefs du Tanzim ont sondé les leaders du Hamas pour qu'ils clarifient leurs position.

Discussions de cessez-le-feu

Puis, quand il est apparu que la direction du Hamas était disposée à un cessez-le-feu avec Israël, des discussions tripartites ont commencé avec le Tanzim, Dahlan et Sha'ath, et Sheikh Yassin et Abdel Aziz Rantisi. Des projets de déclaration de cessez-le-feu ont été échangées, le groupe de Solana essayant d'en modifier le texte, proposer des révisions et trouver une formulation dans laquelle le Tanzim et le Hamas ne sembleraient pas capituler, même si un appel au cessez-le-feu de leur part serait probablement considéré comme une admission d'échec de l'Intifada Al-Aqsa.

Le sheikh Yassin a commencé à préparer le terrain, faisant un certain nombre de déclarations publiques selon lesquelles si Israël revenait aux lignes de 1967 il serait possible de parvenir à un accord. Rantisi a commencé à répandre la nouvelle que des négotiations étaient en cours entre le Tanzim et le Hamas concernant un cessez-le-feu. Les deux dernières semaines l'initiative a commencé à vraiment avoir l'air sérieuse. Le Tanzim était l'élément actif, pendant que le Hamas était un participant passif, approuvant les brouillons qu'il recevait du Tanzim.

Mardi cette semaine un manifeste et un article devaient paraître dans les média palestiniens, israéliens et internationaux, dans lesquels le Tanzim appelait à un cessez-le-feu avec Israël. Pour mettre l'article en forme, des hauts responsables du Tanzim ont demandé de l'aide à une entreprise de relations publiques de Washington. L'article a été soumis à Barghouti dans sa cellule pour approbation. Il a donné son accord de principe et demandé un délai de 12 heures pour vérifier quelques choses avant de donner son accord définitid pour publier l'article sous sa signature.

La main tendue

Dans l'article, Barghouti lance un appel au peuple israélien et annonce un cessez-le-feu, déclare qu'il offre sa main tendue, bien que sans capitulation, et déclare que la tuerie mutuelle a pris des proportions insensées et doit être arrêtée. Barghouti savait qu'en signant cet article il s'exposait à des accusations d'être un collaborateur avec Israël, de capituler devant ses geôliers. Il a pesé sa décision et a finalement donné son accord de principe.

Ni le manifeste ni l'article ne font de distinction entre la Ligne Verte de 1967 et l'État d'Israël. Ils font référence aux citoyens, aux Israéliens en tant que tels. Dans les faits, les principaux dirigeants du Tanzim ont confirmé que le cessez-le-feu s'appliquerait aussi aux soldats de l'armée israélienne. Ni l'article ni le manifeste ne mentionnent l'armée, seulement les citoyens israéliens.

Lundi de cette semaine, un rapport sur toute l'initiative a été communiqué à des officiels en Israël et aux États-Unis. A minuit ce même jour l'opération a avorté à la suite du bombardement de la maison de Shehadeh.

Certains diront que c'était juste une astuce, que toute l'affaire avait été montée pour parvenir à ce que le Tanzim et le Hamas avaient été incapables d'obtenir par l'Intifada armée. D'autres diront que le premier ministre Ariel Sharon n'a pas changé : même dans des périodes où on semblait avoir sept jours consécutifs de calme, comme il l'exigeait, il y avait soudain un assassinat ciblé suivant les deux mêmes critères qui ont guidé l'assassinat de Gaza cette semaine : d'une part, la liquidation d'une figure palestinienne qui "méritait de mourir"; et d'autre part la liquidation de la figure en question rend inévitable une provocation palestinienne en retour.

Il semble que c'est seulement après 500 nouveaux morts israéliens et 1000 nouveaux morts palestiniens qu'il se trouvera quelqu'un pour relancer cette initiative, la première initiative partie de la base palestinienne, la première initiative de cessez-le-feu à laquelle le Hamas ait participé.



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