Brest-Jerusalem
a la rencontre...
9.7.02 21:14 chronique     chronique 11.7.02 08:33  
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 11.7.02

07:55   un ECHO dans le silence...


Naplouse la maudite. Ou c'est moi le maudit. Chaque fois que j'y vais, c'est dans les mêmes circonstances, au volant d'un véhicule de convoi. Chaque fois, on roule dans la ville déserte, silencieuse. La poussière est partout.

Le couvre-feu n'est pas aussi dur que ceux qu'on a pu voir, cependant. Il y a des gens dehors, notamment des commerçants ambulants avec des ânes. J'imagine qu'en d'autres temps j'aurais plus apprécié.

Les soldats des check-points étaient beaucoup plus détendus que la dernière fois, aussi. Un d'eux plaisantait sur un de mes camarades de jeu danois, en l'appelant "Van Damme" au vu de la photo du passeport. Il me glisse : "moi, je ne veux pas vous contrôler, je vous crois. Mais mon officier regarde..." Il se déclare très déçu, au vu du nombre de nationalités présentes dans le véhicule que nous n'ayons pas de chinois à bord. On promet d'en chercher un pour le retour...

Un autre, qui n'avait pas vu les camions passer, s'interrogeait sur notre motivation d'amener de la nourriture à Naplouse : "je vois beaucoup de gens et pas de nourriture, vous leur apportez quoi, un sandwich ?". C'est la première fois que je me surprends à plaisanter avec un soldat israélien.

Mais la légèreté de ton s'est éteinte dès qu'on a pénétré dans la ville. L'état de la zone devant le dépôt de l'UNRWA où on avait livré la dernière fois est accablant. Quelques uns d'entre nous, dont c'était le premier convoi, restaient sans voix.

Routes barrées, il a fallu passer à travers un champ. Rock'n'roll, un peu, mais nos chauffeurs de camions sont vraiment bons. Et si un 38 tonnes semi passe, un minibus DOIT passer.

Sur le point de livraison, problème : en raison du couvre-feu, pas de chariot élévateur. Tout à la main, 42 tonnes. Et les locaux ne s'y prêtaient pas du tout. Mais bon, on a trouvé un petit entrepôt en face qui ferait l'affaire, et en avant marche.

Contrairement aux dernière fois, il y avait toute une cohorte de chebab pour nous aider, t-shirts sans manches, verbe haut... pour nous ça pouvait avoir un côté irritant, parce que les méthodes de travail sont si différentes...

Mais dans l'absolu, on les a déchargés ces camions, et dans la bonne humeur. Ça criait tout le temps, "Yalla, yalla", en avant, plus vite... et les cris montaient, au rythme des cartons qu'on portait ou des packs de bouteilles d'eau qu'on se lançait. Ça montait parfois jusqu'à une certaine frénésie...

... combien de journées, de semaines de frustration, d'inaction forcée, combien d'heures à la fenêtre à regarder une ville fantôme sont parties ici dans une salutaire
débauche d'efforts, dans la sueur et les rires, dans ces cris ?

C'était à la fois vachement bien et, avec le recul, tellement triste. C'est Lady P. qui m'a aidé à comprendre, elle disait : "c'est tout le mal qui leur sort..."

C'était le dernier convoi de cette campagne là. Et c'est vous qui avez payé. Les fonds venaient de la Communauté Européenne, via ECHO (pour une fois qu'il y a un acronyme qui ne soit pas totalement naze, profitons-en : European Communauty Humanitarian Organization, je crois. ECHO. Pas mal.) et pour le correspondant local Caritas Jérusalem. ECHO avait envoyé deux français qui repartent au pays bientôt, et qu'on aurait bien gardés ici. Renaud et Michel, on vous en met une au frais.



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