15:03 avec les dents...
traduction d'un article paru dans ha'aretz ce jour.
La coalition israélienne d'Arafat
par Zvi Bar'el
Il ne faut pas assassiner Arafat. Ce n'est pas une quelconque idée de gauche, ni un soudain accès de compassion pour le leader palestinien. Non, Arafat ne doit pas être assassiné parce que tant qu'il est dans le coin il n'y aura pas la paix, Israël pourra continuer à détenir les Territoires, il n'y aura pas besoin d'évacuer de colonies ou d'imaginer un plan politique, le parti travailliste n'aura pas à faire de la surenchère aux yeux de l'opinion publique, le Likud continuera à obtenir des succès politiques à l'étranger comme à la maison, et si nous revenons à une routuine de "seulement" un attentat terroriste par mois, nous oublierons très vite qui dirige l'Autorité Palestinienne, parce que nous serons -et en fait nous sommes déjà- l'Autorité Palestinienne. C'est à dire, l'autorité qui dirige les Palestiniens.
Arafat n'est pas le seul dirigeant à bénéficier de ce statut de nos jours. Des théories du complot largement répandues au sein de larges segments de l'opinion publique arabe disent, par exemple, que les Etats-Unis ne veulent pas réellement se débarrasser du président irakien Saddam Hussein. L'existence de Saddam rend possible aux USA de continuer à imposer un régime de sanctions qui débouchent sur un blocus qui est apparemment plus efficace que la surveillance internationale précédemment imposée à l'Irak. L'existence de Saddam accorde aux américains une considérable marge de man¦uvre pour proférer des menaces qui servent de moyen de pression sur les états arabes, et son existence est même un bon argument de négociation dans les diverses querelles qui opposent Washington à l'Europe et la Russie sur d'autres sujets.
Tout comme Saddam a été "désigné" pour déterminer la politique des USA au Proche Orient, Arafat détermine la politique israélienne dans le conflit israélo-arabe. Si il y a une personne, plus que toute autre, sur laquelle repose la politique menée par le premier ministre Ariel Sharon, cette personne est Yasser Arafat. Il est un îlot de stabilité dans le politique du gouvernement.
Ce gouvernement a réussi en ce qui est, après tout, un temps très court, à convaincre le public que tout, mais alors tout, dépend de l'existence ou de la non-existence d'Arafat. Alors si seulement il était possible de le déposer, si seulement il pouvait mourir de mort naturelle ou s'installer sur une ile déserte pour rédiger ses mémoires, alors les Palestiniens accepteraient toutes les propositions israéliennes, établiraient un état sur 42 pourcent de la superficie de la Cisjordanie, et iraient insérer un message entre les pierres du Mur des Lamentations.
Alternativement, Israël le présente comme l'obstacle qui empêche les Palestiniens d'atteindre la Terre Promise. Sans lui, nous leur aurions rendu les territoires et démantelé les colonies depuis longtemps. Ceci est exactement la salade que le ministre de la défense et président du parti travailliste Benjamin Ben-Eliezer a tenté de vendre au public lors de la soirée festive de la convention du parti la semaine dernière. Il a dressé un tableau presque parfait du futur Israélo-Palestinien : deux états pour deux nations, une Jérusalem divisée, le démantèlement des colonies isolées, retour aux frontières de 1967 avec des ajustements, la formule Clinton : tout, l'horizon politique tout entier était dessiné en couleurs brillantes. Le seul truc, en fait, a-t-il dit, c'est que tant qu'Arafat est là, nous avons les mains liées.
Liées ? Est-ce que quelqu'un empêche le ministre de la défense de démanteler les colonies isolées, ou même seulement les avant-postes illégaux ? Qu'est-ce que ça a à voir avec la présence d'Arafat au pouvoir ? Est-ce que quelqu'un l'empêche de transférer l'argent qu'Israël doit à l'AP directement aux gouvernorats locaux dans les Territoires, évitant ainsi de passer par la trésorerie d'Arafat ? Est-ce que quelqu'un l'empêche de lire l'accord de coalition que son parti a signé avec le Likud et de se rafraîchir la mémoire sur la clause concernant le gel des colonies et d'annoncer que c'est seulement à ça qu'il adhère ? Mais pourquoi s'en donner la peine, après tout, il n'y a pas de partenaire, alors on n'a pas besoin d'une politique.
Tout bien réfléchi, ce ne sont pas les Palestiniens qui ont besoin d'un horizon politique, c'est nous. Parce qu'après avoir été fondamentalement persuadés qu'il n'y a pas de futur avec Arafat, la conclusion directe est qu'il n'y a pas besoin de remplacer le gouvernement ni demander la démission du parti travailliste. Pour quoi faire ? Après tout, l'existence d'Arafat, même d'après Ben-Eliezer, rend certain qu'il n'y aura pas de changement dans la politique israélienne. Tout ce qu'il reste à faire c'est de souhaiter bonne santé au dirigeant palestinien et une stabilité politique continue. Sans lui il nous faudrait peut-être trouver comment résoudre le conflit. Pendant ce temps, ceux qui retiennent leur souffle pendant le week-end en attendant la publication du plan politique secret de Sharon peuvent revenir à une respiration normale.
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