Brest-Jerusalem
a la rencontre...
3.7.02 05:29 chronique     chronique 3.7.02 06:25  
-<  fonds de tiroir... les bons comptes font les bons amis...  ->
 3.7.02

05:53   Rami...


Rami promène sa carrure de déménageur stéroïdé dans les rues. Pour être honnête, ce sont les voisins que disent qu'il est stéroïdé, mais pour ce qui est de faire déménageur, je ne doute pas qu'il soit qualifié. Un beau bébé.

Ma première rencontre avec Rami, je m'en souviens bien : il n'était pas là. C'était pendant "Defensive Shield", et je venais de rentrer de Ramallah. Le récit de mon escapade avait manifestement fait le tour du quartier, tout le monde me demandait des nouvelles d'Abu Amar. J'étais fatigué, parce que toute la nuit j'avais été empêché de dormir par le bombardement intensif à Beitunia.

Et voilà qu'alors que j'allais me coucher, on frappe à la porte. C'était Zeyd. On le connaissait un peu, juste assez pour savoir qu'il était le frère de notre propriétaire. Il venait nous voir pour savoir si on pouvait lui rendre un service. Quel service ? Oh, deux fois rien. Son fils Rami était à Beitunia dans le quartier général de la Sécurité Préventive, est-ce que je pouvais le tirer de là ?

Euh. Non.

Pendant quelques jours, Zeyd a traîné dans le quartier, jamais seul. Pour lui, Rami était mort. Ou vivant. A la grâce de Dieu. Moi je trouvais ça un peu choquant. Mais bon, autre monde...

Et puis un jour il est revenu, le fameux Rami ! D'abord, il y avait eu un coup de fil, et peu après le fils prodigue lui-même, lequel s'est présenté chez nous pour nous remercier.

Euh. De rien.

Rami a une vingtaine d'année. Il est assez représentatif de cette jeunesse palestinienne que je vois dans les rues. Débrouillard, hâbleur. C'est le genre à embobiner n'importe qui pour n'importe quoi. Il travaille - ou travaillait - pour l'Autorité Palestinienne, à la Sécurité Préventive. Tout ce qu'il savait me dire de son travail c'est qu'il allait parfois arrêter des gens "avec une kashnikov". Et que sinon il était dans le hall "avec pistol".

Je le croise régulièrement. Il me broie les phalanges. Il avait tendance à venir chez nous quand je n'y étais pas. Jusqu'à ce que la famille s'en mêle et qu'un intermédiaire vienne nous dire que ça ne se faisait pas d'ouvrir sa porte à un homme quand le mari (moi) n'est pas là. Mais apparemment Rami a pris le gros de la soufflante sur ce coup là.

Rami a toujours un truc invraisemblable à raconter. Il est en train de refaire une voiture, parce qu'il a planté la précédente le jour même où il l'a eue. Il va et vient à Tel-Aviv. Je le croise souvent avec une serviette de plage, il va se baigner à Jaffa. Quand je lui demande s'il a les papiers pour ça, il dit en rigolant qu'il se débrouille toujours.

Rami a été en prison. Pour des broutilles. Un flingue dans sa poche, des excès de vitesse. Il est très fier de raconter comment il a plaidé sa cause auprès du juge, en jouant l'imbécile. C'est curieux. En principe on ne s'en tire pas comme ça, et ma ville a la réputation d'avoir le plus fort taux de collaborateurs de toute la Palestine, alors...

Rami publie des photos sur le net. Sur chaque photo il met son nom en gros, en rouge.

Rami n'a aucune conscience politique apparente. Il travaille pour l'Autorité comme il ferait charpentier ou maçon.

Rami connaît tout le monde. Mais je ne sais pas si quelqu'un connaît Rami. Je ne sais pas si cette futilité affichée n'est que ça : affichée, ou si elle cache autre chose.

Je l'aime bien, Rami.



lien accueil
lien archives
lien jenine
lien contacts
lien liens

img contacts