Brest-Jerusalem
a la rencontre...
27.6.02 20:34 chronique     humeur 29.6.02 15:08  
-<  le petit docteur... humanitaire, encore...  ->
 28.6.02

17:33   les bagnards de l'humanitaire...


Il y a des tas de façons de faire de l'humanitaire. Vous connaissez la méthode "sac de riz devant la caméra", la méthode "chemise blanche devant la caméra", pour les méthodes pratiquées en France. Et puis il y a les autres.

La méthode des fourmis.

Caritas Jérusalem, avec une délégation française, a lancé une série de convois pour apporter de la nourriture et de l'eau dans les zones "fermées" des territoires. Aujourd'hui, largage à Anabta de huit tonnes de colis, pour en fait six villages différents.

Mais ça ne s'est pas passé comme ça... prenons au début.

L'histoire commence au check-point pour rentrer dans la zone de Tul Karm. Le traditionnel petit quart d'heure d'attente, le temps de contrôler que le convoi a bel et bien été déclaré, un peu de tracasseries pour ceux d'entre nous qui ont des cartes d'identités de Jérusalem (il est d'ailleurs tout à fait intéressant de noter que les soldats parlent d'eux comme des "citoyens israéliens"...!!). Rien de bien méchant. Tout de même, on tente de nous faire un peu peur en nous expliquant que les soldats sont dans la zone où nous allons, et qu'on pourrait aussi rencontrer des munitions non explosées, et qu'on nous recommande en conséquence de ne pas nous éloigner de la route.

Des fois qu'on soit venus pour la cueillette du muguet.

Et nous voilà partis. Tul Karm n'est visiblement pas sous couvre-feu quand nous la traversons. En route pour Anabta.

Sauf que... le début de la route est encombré. Une machine à laver, quelques sacs de sable... Qu'à cela ne tienne, on les enlève, et on continue. Direction Anabta.

Sauf que... 500 mètres plus loin la route est barrée. Une butte de terre en travers. On peste quelques minutes contre les soldats du checkpoint qui auraient pu nous avertir... et puis on remarque qu'il y a moyen de passer sur le côté, en enlevant quelques (gros)cailloux. Première démonstration de la vista d'Abed, le chauffeur du semi-remorque. Bref, on repart. Direction Anabta...

Sauf que... 500 mètres plus loin il y a un second barrage. Plus gros. Impressionnant, mais pas insurmontable, il y a visiblement du passage sur le côté. Mais pour un semi-remorque... ? Bah oui. En déplaçant quelques rochers, ça passe. Le chauffeur est décidément très doué. A certains moments il y a plusieurs roues d'un côté qui ne touchent pas le sol. Mais on continue. Direction Anabta...

Sauf que... non !!! Si. Un troisième barrage. Et pas contournable, celui-là.

Bon. Au point où on en est... on se met à déplacer les rochers. Deux tubes métalliques trouvés dans une des soutes du camion font des leviers acceptables. On enlève les plus gros, et on finit par... casser certain d'entre eux avec un marteau et un burin, issus du même camion. On égalise la butte, et on finit par passer.

Entre temps on avait appelé au village pour leur demander de venir nous aider. Réponse: on ne peut pas, il y a un char qui surveille, si ils nous voient sortir avec le bulldozer, ils vont tirer.

Nous, le char, on ne l'a pas vu. Alors tant pis on s'est débrouillés avec nos tubes et le marteau, pour finir avec les mains, des bouts de tôle, en grattant la terre pour finir le passage.

Hop, direction Anabta !

A Anabta, le conseil municipal nous attend devant la mairie. Ils vont pour la plupart se contenter de ça, sans venir nous aider alors que...

... au bout d'une dizaine de minutes, le chariot élévateur tombe en panne.

Et là, c'est un vrai coup dur. Parce que tout est sur des palettes. Et 52 colis de 30 kilos, ça fait une bonne tonne et demie à chaque fois. En tout plus de huit tonnes sans compter l'eau. Alors on s'est fini ça à la main. Je peux vous dire un truc, des colis de 30 kilos, c'est trop. Dans les convois précédents, c'était 15, et ça on peut en porter toute la journée si on veut. Mais les boites de 30 kg, c'est vraiment trop.

Mais bon, même ça on a fini par en venir à bout. Ah oui, précision : on était huit. Quelques Palestiniens nous ont aidé, mais pas une légion. C'est un peu surprenant.

Et puis on est repartis. Sur un des barrages, une bonne âme était passée remettre quelques pierres, mais ils n'avaient pas eu le temps de faire un travail assez important pour nous empêcher de passer. On a reviré les pierres en question, et on est partis.

En sortant, au check-point, j'ai vu le fossé précurseur du "mur". Ça fait froid dans le dos.

en arrivant chez moi j'ai croisé deux jeeps qui roulaient au ralenti en chantant leur tube préféré dans le haut-parleur : "vous êtes sous couvre-feu, rentrez chez vous".

Sinon, ils ont levé les "zones militaires fermées", les étrangers ont à nouveau accès à toutes les villes de Cisjordanie. Les journalistes aussi. Sauf... les journalistes palestiniens, bien sûr.



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