Brest-Jerusalem
a la rencontre...
7.6.02 21:10 chronique     chronique 8.6.02 19:25  
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 8.6.02

11:26   cliché(s)...


On revenait de faire les courses. Ou on allait faire des courses. Parce que même les hérons mangent le soir. On était sur la grand-rue. Des fois on en a un peu marre d'être aussi "visibles", sans aucun anonymat, les regards fixés sur nous, étrangers, mais bon, c'est un peu normal, après tout, étrangers, nous le sommes.

Les poubelles dégorgent, les boucheries déversent des tonnes de boyaux, de peaux, il y a avec ces chaleurs une odeur parfois difficile. Les ordures sont plus souvent brûlées que ramassées, ce qui n'arrange rien sur le plan olfactif.

Apparition, un cavalier sur un de ces magnifiques petits chevaux arabes blancs. Il a un maintien princier, une longue barbe et un turban blanc... un véritable conte des mille et une nuits à lui tout seul. Le cheval trotte et parade.

Hier, petit tour à Betléhem, avec Lady P. On a pu voir les anciennes citernes qui jusque dans les années soixante dix alimentaient Jérusalem en eau. Maintenant toutes les sources ont été confisquées par les colonies environnantes, et ces citernes antiques et magnifiques sont vides. C'est évidemment très symbolique.

Camp de Dheisheh, une équipe appointée par le YMCA remplace des réservoirs à eau chaude détruits par les tireurs israéliens. Peu de dégâts - en dehors des destructions pures et dures style Jénine - sont aussi révélatrices du caractère punitif des interventions israéliennes que ces réservoirs d'eau percés. Cette fois-ci (la prochaine), ce sera plus dur. Les réservoirs achetés par le YMCA sont deux fois plus épais que les réservoirs ordinaires. Ça n'empêche pas les balles de pénêtrer, mais au moins ces réservoirs là ne se déchireront pas sous la pression de l'eau.

Amusant, en passant, un marchand de gaz en bouteilles. Alors que tous les rideaux de fer de ses voisins portent des impacts importants de tirs, le sien est indemne. C'est évidemment dû au gros panneau signalant des substances explosives. Mais comme il faut bien se défouler sur quelque chose, les deux bouteilles de gaz (vides) qui sont sur le fronton et servent d'enseignes ont visiblement été l'objet de tirs intenses.

C'est la désespérante bêtise de ces mômes lâchés dans la nature avec des armes. Crevant de trouille, convaincus qu'ils vont être attaqués toutes les cinq minutes, enragés par les victimes dans leur camp, ils font n'importe quoi.

Côté forces armées, en face, on m'a rapporté que dans la région de Betléhem de nombreux policiers et soldats palestiniens ont démissionné, et que le moral de ceux qui reste est bas. Forcés d'assister en spectateurs à ce qui se passe, recevant des ordres stricts de ne pas combattre les Israéliens, ils ont l'impression que leur dignité y laisse des plumes. J'avais déjà rencontré ce genre de discours à Jénine.

Je n'étais pas revenu au check-point de Betléhem depuis que j'étais passé pour livrer des médicaments à l'hôpital de Bet Jala pendant la dernière (grande) incursion. Le chemin pour les piétons passe autour des cantonnements israéliens. Le chemin est recouvert d'immondices, visiblement jetés là par les soldats (ou alors expliquez-moi quel est le Palestinien masochiste qui se fait livrer des pizzas king size à déguster à l'ombre du check-point). C'est dégueulasse et répugnant, même pour un pays qui en règle générale n'est pas trop porté sur la propreté urbaine.

Pendant qu'on faisait la queue je voyais dans le couloir trois Palestiniens retenus là pour vérification. Ils étaient visiblement là depuis un moment, leur impatience était difficile à ne pas voir. Et puis est arrivé un soldat avec leurs papiers. Deux ont pu passer, pas le troisième.

Il portait sous son bras deux gros livres, genre dictionnaires, et des cahiers de cours. Le prototype de l'étudiant. Dans sa démarche, dans le regard qu'il m'a jeté en passant, ses lèvres murmurant des choses que je n'ai pu comprendre, j'ai lu une dose de tristesse et de colère qui m'a fait peur.

On a rencontré à Dheisheh un homme avec une main blessée. On nous a raconté qu'il a été blessé pendant la première intifada, une balle dans la tête, qu'il en a perdu toute la mémoire. Depuis il a réappris à parler et un peu a vivre. vous n'avez jamais entendu parler de lui, mais vous vous souvenez peut-être de sa s¦ur, qui s'est fait exploser dans un marché de Jérusalem Ouest, à 16 ans. J'imagine que maintenant il est vraiment motivé pour réapprendre à vivre...

Tant de tristesse et de désespoir. Partout. C'est difficile de croire à des lendemains qui chantent.



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