07:56 un autre regard...
voici la traduction d'un article trouvé dans l'édition électronique de Ha'aretz hier, dimanche. J'aime bien le ton, même si l'argumentation manque un peu de... de tout.
Il est temps de passer à la caisse, par Alec Dubro
Ces 55 dernières années, ou pour le dire autrement toute ma vie, Israël ne s'est adressé - à moi et à d'autres Juifs américains - que pour une chose : me demander de l'aide. Je pense qu'il est temps qu'Israël réalise qu'il a une dette envers les 60% de Juifs qui ont choisi de ne pas y vivre.
Exactement, je veux qu'Israël m'aide, qu'il m'accorde une grosse faveur. Je vous demande de démanteler les colonies de Cisjordanie, de Gaza et du Golan. Et d'essayer, aussi dur que vous avez travaillé à construire la puissance militaire d'Israël, d'arriver à une paix viable avec vos voisins.
J'ai bien conscience que vous avez des problèmes pour le moment, et que c'est beaucoup demander, mais vous nous avez demandé beaucoup. Bien qu'il soit difficile d'obtenir des chiffres exacts, il semble que les États-Unis envoient environ 10 milliards de dollars par an en aides publiques, privées, ou en dons. Au fil des années, ce montant a pu baisser, mais a représenté une part plus importante du PNB israélien. Il est difficile de penser que nous ayons contribué pour moins d'un trillion [10 à la puissance 12, ndt] de dollars à la cause d'Israël.
Les Israéliens me doivent au moins de m'écouter, sur ce coup là. Quand j'étais jeune, mon père a travaillé pour United Jewish Appeal, puis pour Bonds for Israël. On ne le voyait pas souvent, parce que son travail était important. Quand je suis devenu plus vieux, j'ai donné de l'argent et j'ai ouscrit pour des arbres
à planter. Pour être honnête, à un certain moment j'ai cessé de supporter Israël, principalement pour cause de non adhérence aux choix politiques israéliens, et parce qu'Israël était devenu riche. Mais dans les cinquante dernières années, la relation a été totalement à sens unique : vous demandiez, nous donnions.
Maintenant c'est moi qui demande. Votre insistance à maintenir des communautés semi urbaines clôturées en Cisjordanie et à Gaza, et le conflit qui découle de ce choix mettent en danger les Juifs qui vivent à travers le monde. La vague actuelle d'attaques en Europe et ailleurs est directement liée à l'occupation. Je n'ai pas besoin qu'on me fasse la leçon sur la persistance de l'antisémitisme de par le monde. J'y ai été confronté, et j'ai survécu. Mais, jusqu'à ces dernières années, l'antisémitisme s'était progressivement vu être marginalisé dans le monde développé. La lutte pour la Cisjordanie a insufflé une nouvelle vie dans une idéologie, qui pour n'être pas morte, était moribonde.
De mon point de vue, Israël tient les Juifs du monde entier otages du principe de Grande Judée, Grande Samarie, ou quoi que ce soit que vous l'appeliez ces temps-ci. Pour que 200 000 Juifs puissent vivre dans un confort provocateur en Cisjordanie, à Gaza ou sur le Golan, le reste d'entre nous voit ses relations avec ses voisins se détériorer et voit se développer une sensation de danger.
En ce qui me concerne, l'idéalisme imparfait du Sionisme est allé dans le mur. Quand bien même j'accepterais la prémisse biblique qui dit que ce morceau de terrain levantin appartient aux Juifs - ce qui n'est pas le cas - la réalité politique est qu'on ne peut pas atteindre la paix avec les objectifs que vous avez. Et vous menacez plus que vous-mêmes et vos voisins immédiats; vous menacez ceux d'entre nous qui ont tant contribué à votre existence.
Alors je vous demande encore une fois de vous soucier un peu des Juifs du monde entier, de ceux qui soutiennent les Juifs, et de la paix en général. Si vous ne réussissez pas à renoncer à vos communautés semimilitaires, il n'y aura que guerre et division. Et, comme vous continuerez à mettre en danger ceux d'entre nous qui ne sont pas en Israël, vous risquez de perdre votre base de soutien.
En fait, si Israël continue à imposer l'occupation, je vais passer à l'action. Je vais réclamer qu'on me rende mes arbres. Vous avez une dette envers moi.
Alec Dubro est écrivain freelance à Washington D.C.
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