17:45 Instantanés...
En sortant d'un rendez-vous en ville, légère inquiétude : des rafales d'armes automatiques en plein centre ville, un peu dans tous les sens. Je constate rapidement que personne autour de moi ne s'inquiète. Donc, tout va bien. Il s'agit en fait d'une procession du Jihad pour un de ses martyrs, originaire de Qabatia, entre Jénine et Zababdeh.
Le bloc "actif" de la procession (par opposition à ceux qui se contentent de la suivre) est d'une quinzaine de personnes au grand maximum, et je serais bien épaté si le plus vieux d'entre eux a plus de 20 ans. Un ou deux sont masqués, comme des combattants. En fait, ils n'en sont probablement pas, vu qu'un d'entre eux s'est retrouvé avec son pistolet vide dont il ne savait pas comment le recharger. Il a fallu qu'un des vieux dans l'assistance lui montre comment libérer la culasse... ensuite il a pu reprendre sa place dans le joyeux pétaradage ambiant. A chaque coup de feu, tous ces braves gens sursautent : ils ne sont visiblement pas aguerris. Les slogans sont repris par une petite minorité. Apparemment, les gens veulent bien suivre le cortège pour rendre hommage au mort, mais ça n'ira pas plus loin. Et en effet, le tout se disloque au bout d'à peine une demi heure, loin des images de foules délirantes qu'on a pu voir en d'autres circonstances.
A l'entrée du camp, ou presque, la chaussée est gravement abîmée, il n'en reste plus que la moitié droite (quand on regarde le camp depuis la ville). Qu'à cela ne tienne... un gars, armé d'un gros pinceau, d'un pot de peinture jaune, et d'une planche, a entrepris de repeindre un passage pour piétons.
Longue interview avec un rescapé du camp. Un qui a eu sa maison démolie. Sa douleur est indicible. Il a l'impression, maintenant qu'il ne peut plus subvenir aux besoins de sa famille, d'être devenu un sous-homme. Il voit un futur de paix pour ses enfants. Mais pour lui, et il insiste... pas de futur.
Pas de futur.
Il rumine toute la journée, assis sur les ruines.
Il a 28 ans.
Les travaux de déblaiement avancent. D'ici deux mois, on s'attend à commencer la reconstruction. L'homme à qui j'ai parlé se plaint amèrement de ne même pas savoir où sont ses voisins. Les gens n'envisagent pas une reconstruction qui les priverait des voisins de toute une vie. Mais il a envoyé sa femme et ses enfants en Jordanie pour ne pas qu'ils subissent la honte...
Attentat hier. Aujourd'hui ? Demain ? Je ne vois que des nuages sombres à l'horizon de Jénine.
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