19:29 Sous un ciel trop étoilé...
Rencontre aujourd'hui avec ce combattant de quatorze ans. J'attendais beaucoup de cet entretien. Je suis profondément déçu.
D'abord, j'avais un invité surprise : mon bon général palestinien, assis à côté du môme, qui l'interrogeait des yeux à chaque fois qu'il répondait à une de mes questions pour savoir s'il était dans la ligne. Renseignement pris, au fait, ce général est "conseiller politique" des forces spéciales. Je croyais que les chinois et la défunte armée rouge étaient les dernières troupes à avoir des commissaires politiques, mais il semble que non. Le général a carrément interrompu certaines réponses, demandant au gamin de ne pas répondre. J'imagine que je n'ai pas posé les bonnes questions.
Je n'ai tellement pas posé les bonnes questions qu'un deuxième combattant, blessé, avec des tiges de fer qui lui sortaient du bras, et qui m'était présenté comme un sujet d'interview à venir, a dit à la fin, au moment de prendre rendez-vous, qu'il n'avait pas envie de parler.
Moralité, si je veux interviewer des combattants, il va falloir que je me libère de la tutelle de ces gens-là, c'est à dire du Fatah et de l'Autorité Palestinienne. Ou alors j'en serai réduit à la mythologie officielle, ce qui ne m'intéresse pas exagérément. Parce que des heures de "combattants de la liberté unis comme les doigts de la main sous la bannière du peuple Palestinien", c'est au-dessus de mes forces.
J'ai visité aussi le village de tentes érigé par l'UNRWA. 64 tentes alignées au cordeau. Vides. Pas d'eau, pas d'électricité, pas de toilettes. Sous huit jours, peut-être. 4 personnes par tentes, ça représente un logement pour 256 personnes. Quand je dis logement, nous nous comprenons. 400 autres tentes devraient être mises en place à terme. Un petit groupe de volontaires assure le gardiennage de la cité des toiles.
Tasse de thé. Lassitude évidente. Ce n'est pas la première fois qu'on me le dit, mais jamais si ouvertement, les gens sont fatigué de raconter les mêmes histoires à des légions de journalistes qui leur posent tous les mêmes questions. De fait, il y a un homme dans le camp qui semble en avoir fait une profession, toute la journée ça défile chez lui, c'est même très télégénique, il est bel homme, assis sur
un tas de ruines, et il a une assurance et un débit dans le discours qui parlent presque autant que ce qu'il dit.
Visiblement, mes questions à moi détonnent, je leur parle de futur, de paix, de vie quotidienne. Alors les langues se délient un peu. Mais c'est difficile. Je suis obligé, comme à chaque fois, de placer mine de rien l'épisode ambulance à Ramallah pour voir vraiment l'attitude des gens changer. Les réponses se font plus franches. Mais aucun n'a envie de parler de cette invasion. Un autre jour, peut-être.
Les jugements sur l'Autorité Palestinienne sont très durs. Beaucoup de gens commencent à penser que l'Intifada fait plus le jeu de Sharon que celui des Palestiniens.
Très surprenant, un réfugié, chassé de sa maison vers Haïfa, qui me dit qu'il se contenterait parfaitement d'un retrait israélien sur les frontières de 67, et d'une paix qui donnerait aux Palestiniens leurs droits et leur dignité. Je pensais que les réfugiés, spécialement à Jénine, seraient sur une ligne plus dure. Mes deux traducteurs, après l'entretien, m'ont dit qu'il y avait eu évolution sur ce sujet depuis l'Intifada. Que définitivement les gens aspirent avant tout à la paix, même si il y a un gros prix à payer. A vérifier.
Même le gamin que j'ai interviewé (et qui, au passage, a 17 ans et non 14...) m'a dit, et à ce moment là je l'ai trouvé sincère, que même si maintenant sa vie quotidienne lui parait fade, il veut se marier, continuer ses études, et qu'il est prêt à vivre en paix avec les Israéliens si on lui garantit ses droits et "son honneur".
Rien n'est simple ici...
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