Brest-Jerusalem
a la rencontre...
8.5.02 15:35 chronique     chronique 8.5.02 18:30  
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 8.5.02

18:21   témoignage...


Qasim Ahmed Muhammed Abed, 75 ans, fermier.

Interview réalisée par Lady P. et Helena ter Ellen (UCP)

"Mon nom est Qasim Ahmed Muhammed Abed, dit abu Ahmed. J'ai 75 ans. Je suis un réfugié de 1948, et suis originaire d'un village près de Haifa. Je vis maintenant dans le camp de réfugiés de Jénine. Je suis marié et j'ai 12 enfants, 5 garçons et 7 filles. Je suis un fermier, je travaille sur une parcelle de terre que je loue dans le camp.

Mon histoire commence le premier jour de l'invasion de Jénine. Le 2 avril.

Je n'avais plus de nouvelles de deux de mes fils depuis un moment, et j'étais inquiet parce qu'il y avait des blindés tout autour du camp. J'ai décidé de quitter ma maison et de me rendre à la maison de mon fils pour voir s'il allait bien. Dans une des ruelles étroites du camp, j'ai été arrêté et détenu par des soldats. Ils m'ont amené dans une maison voisine. C'était la maison de Reja Abu Aita, un homme de 67 ans. Les soldats m'ont emmené dans une pièce d'environ 16 mètres carrés de la maison, dans laquelle Abu Aita était assis sur une chaise. Ses jambes et ses mains étaient attachées. Les soldats m'ont dit de m'asseoir et de me tenir tranquille. Ils ne m'ont pas attaché.

Après un moment les soldats ont amené un autre vieil homme. C'était Bashir Al-Hamduni. C'était un homme de 82 ans, sourd, qui vivait également dans le camp. Sa maison avait été brûlée et il cherchait sa famille. A ce que j'ai compris les soldats avaient en direction d' Al Hamduni alors qu'il marchait dans la rue, mais Puisqu'il ne pouvait pas les entendre, il n'avait pas répondu. Dans la pièce, les soldats ont commencé à interroger Al-Hamduni en arabe, lui demandant pourquoi il n'avait pas répondu quand ils l'avaient appelé. Apparemment, il comprenait ce qu'ils voulaient lui dire, parce qu'il a répondu qu'il ne pouvait pas les entendre puisqu'il était sourd. Je crois qu'ils ne l'ont pas cru, parce qu'ils se sont mis en colère, ont pointé une arme sur lui, à environ un mètre ou un mètre et demie de distance, et l'ont tué d'une balle dans la tête. Il n'y avait absolument AUCUNE raison de faire ça. Al-Hamduni n'a à aucun moment représenté une menace pour eux.

Je crois que la raison pour laquelle ils ne m'ont pas tué, c'est parce que je pouvais les entendre et leur répondre. Après avoir tué Al-Hamduni, les soldats l'ont attaché. Abu Aita a demandé au soldat pourquoi il avait tué Al-Hamduni, mais le soldat lui a dit de se taire. Le même soldat, environ 40 ans, qui avait tué Al-Hamduni, est venu avec une couverture pour couvrir le corps. Le soldat a détaché Abu Aita et nous a ordonné de nous occuper du corps. Avec Abu Aita, on l'a poussé dans un coin de la pièce et on l'a couvert avec la couverture.

On est resté quatre jours dans cette pièce avec le corps d'Al-Hamduni. Comme les soldats avaient fait sauter la porte, on pouvait voir qu'on était gardés par environ 20 soldats.

Heureusement, la femme d'Abu Aita avait fait des préparatifs pour l'invasion, et dans la pièce il y avait du pain, de l'huile, et entre 20 et 30 litres d'eau. C'est sur ça qu'on a vécu pendant ces quatre jours. Les soldats ne nous ont rien donné. On avait aussi de la chance d'avoir des toilettes attenantes à la pièce où on était, même s'il n'y avait ni eau ni électricité.

Pendant ces quatre jours il n'y a eu aucune communication avec les soldats.

Après le quatrième jour, des combattants du camp ont monté une embuscade dans le voisinage et les soldats et les blindés sont partis. Après leur départ, on a décidé d'essayer de sortir, et on s'est fabriqué un drapeau blanc avec un morceau de tissu qu'on a trouvé dans la pièce.

On est sortis, et on est allé chez la famille qui a une maison à côté de la parcelle que je cultive.

La famille nous a accueillis et on est tous les deux restés quatre jours.

Après quatre jours dans la famille, j'ai décidé de retourner dans le camp pour voir si je pouvais avoir des nouvelles de mon fils. Heureusement, ils allaient tous bien."



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