Brest-Jerusalem
a la rencontre...
3.5.02 04:04 chronique     chronique 4.5.02 05:58  
-<  en marron... interlude...  ->
 3.5.02

18:50   brut de fonderie...


Deux convois sur Beit Jala aujourd'hui. Je suis claqué. Je ne savais pas que le liquide pour intraveineuse se distribuait aussi en caisses de quinze kilos.

Pendant l'attente au check-point de Betléhem, en dehors du tank qui nous faisait le gros ¦il, on voyait ces types qui faisaient leur pause repas. Une voiture de livraison de pizzas, une pile hallucinante de pizzas gigantesques, et des packs et des packs de Pepsi. C'est dans ces moments là qu'on se souvient que ces soldats sont des mômes. Les joues pleines de pizza ("Israelian pizza, very good, from Jerusalem, try it !"), de la tomate au coin des lèvres, avant de nous faire signe de passer.

Betlehem, encore une ville fantôme de plus à ma collection. Image : dans les rues désertes, avec le mobilier urbain dévasté, un berger et une trentaine de moutons. Rencontre : coincés entre deux Merkava et un APC. Un des Merkava qui nous tenait en joue... canon de 130, il nous prenait au sérieux.

Sur la droite du check-point, il y avait quelques maisons, constructions, je n'ai jamais trop fait attention. Maintenant il y a un Caterpillar D9. Et beaucoup de gravats bien étalés. A la Jénine.

Puisqu'on parle de Jénine... La commission des l'ONU n'aurait rien trouvé. Ça ne veut pas dire qu'il ne s'est rien passé. Ça veut dire qu'ils ont eu beaucoup trop de temps pour faire le ménage. Personne ne condamnera Israël sur la foi de témoignages palestiniens. Et pourtant...

Le temps de les traduire, et je vous mettrai ici les résultats des interviews de Jénine, les miennes et celles de Lady P. Vous en saurez plus que les gens de l'ONU n'en auraient jamais su. Alors il ne faut pas la regretter cette commission d'enquête. Israël en serait sorti blanchi.

Et pourtant... J'ai la rage au fond quand je pense à ce qui s'est passé là-bas. Ce que je sais, et ce qui s'est probablement passé.

Toujours pas de nouvelles de Claude qui était à Ramallah. Argl.

Mercredi, convoi pour Jénine. Vendredi, Ramallah. J'ai besoin de me reposer. Besoin d'écrire aussi. Je ne me suis toujours pas remis de Jénine. Ces convois sont en général fatigants physiquement. Mais celui-là m'a cassé à l'intérieur.

Conférence pour la paix, levée du couvre-feu, images d'Arafat à la télé... tout ça se mélange dans le flou. Ce que je sais, c'est que les gens avec lesquels je fais les convois prévoient de poursuivre leur activité de distribution de nourriture pendant plusieurs mois.

Les gens n'ont pas ou plus de boulot. Les villes sont à refaire. Il n'y a pratiquement plus d'autonomie palestinienne, plus d'administration civile palestinienne. L'heure est au travail obstiné et usant de support et de reconstruction. Je vois devant moi des mois de convois, de check-points, de gens qui n'osent pas demander, de rage impuissante. Je suis fatigué.



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