Brest-Jerusalem
a la rencontre...
24.4.02 16:03 chronique     chronique 24.4.02 20:35  
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 24.4.02

19:41   pas de preuve de massacre...


La guerre des mots continue. Powell ne voit pas de preuve de massacre à Jénine. Je ne vais pas vous raconter d'histoires, je n'en ai pas vu non plus, vu que je ne suis pas allé à Jénine. Notez... Powell n'y est pas allé non plus. Tout ce qu'il sait, c'est ce que les FDI lui racontent, vu que l'accès des indépendants au camp est encore pour le moins problématique...

Les Grecs ont envoyé (pardon : voulu envoyer) une équipe spécialisée dans la recherche de disparus en tremblements de terre. Réponse d'Israël : pas de besoin de ce genre.

Ben non. Pas besoin. La situation a l'air claire : là où il y avait le centre du camp, il y a maintenant un espace nivelé de plusieurs centaines de mètres carrés. Et ce n'est probablement pas un tremblement de terre qui a fait ça. Maintenant, si les Grecs avaient envoyé une équipe spécialisée dans la recherche de corps dans des zones bulldozées, il aurait juste fallu trouver une autre excuse.

Je vais probablement choquer certains d'entre-vous, mais dans un sens, je m'en fous, moi, de savoir si il y a eu ou pas un massacre à Jénine. Parce que ça ne changera rien. Parce que je ne crois pas à la volonté des uns et des autres de faire rentrer Israël dans le rang des nations dites civilisées. Et puis un massacre, c'est combien de morts ? Et celui-ci, qui a refusé de sortir de sa maison alors qu'on allait la raser, est-ce qu'il compte pour le massacre, ou bien est-ce que son refus le disqualifie ? Et celui-là ? Ah, non, pas celui-là, il avait un canif dans la poche, et on l'a vu parler à un islamiste la semaine dernière, lui c'est une victime normale. Et ainsi de suite.

Je n'ai pas envie de céder à l'écŠurement total, de voir le marchandage odieux, je t'échange quelques morts anormales contre un soupçon d'infrastructure terroriste, et tout le monde est content.

Moi, à Jénine, je pense aux vivants.

Pour le moment, ils n'ont pas de nom. Il va falloir attendre. Demain, Lady P. sera à Jénine pour des interviews avec des rescapés. Lundi ce sera mon tour. Et là, les vivants de Jénine vont avoir un nom. Un visage. Une histoire. Un avenir.

Un avenir... c'est pas sûr. Les rumeurs enflent quant à la réouverture de l'administration civile Israélienne dans les territoires. Ce qu'en France on appelait l'administration coloniale. Et puis ces zones tampon, la grande trouvaille, vont isoler ces gens du reste du monde, puis les uns des autres.

Alors quel avenir ? Quelles écoles ? Quelles universités ? Quel droit au voyage ? Et sans rêver autant : quel droit d'aller voir sa famille à quelques kilomètres de là ? Quel repas du soir ? Dans quelle maison ? Réfugiés d'un camp de réfugiés, ils vont devenir quoi ces gens ?

Vous imaginez ce que ça peut représenter d'être des réfugiés d'un camp de réfugiés ?

Il parait (ici, l'information c'est un truc vague et flou, qui vient en général de l'extérieur) qu'on a arrêté 150 personnes dans mon village cette nuit. Je n'ai rien vu, et personne n'en parle. Juste un. Quoi croire...

Enfin quoi, merde, des centaines de milliers de personnes vont se coucher ce soir sans savoir si ils auront le droit de faire leurs courses demain et vous voudriez qu'on parle d'avenir ? De réconciliation ? Vous voudriez qu'ils comprennent qu'ils ont affaire à plus forts qu'eux et qu'ils feraient mieux, tiens, au hasard... d'émigrer ?

La belle idée, tiens.

Est-ce que vous vous rendez compte que dans la presse israélienne on écrit ouvertement que le seul problème avec Jénine c'est de convaincre l'administration américaine qu'elle doit opposer son veto à tout projet de résolution sanctionnant le résultat de l'enquête ?

Vous avez remarqué, je suis un peu en colère ce soir. Je déteste l'idée qu'un connard en kaki me menace de son flingue le matin parce que je pointe mon nez dans MA rue. C'est excessif ? C'est trop demander, d'avoir le droit d'acheter son lait à 8 heures et pas à 14 heures ? Ou plus simplement d'avoir le droit d'acheter du lait ? C'est excessif de vouloir que les mômes puissent aller à l'école ? C'est terroriste de vouloir aller chez le médecin ? Et si je voulais aller respirer l'air du soir ? Ça ne paraît pas excessif, ça, aller respirer l'air du soir !

Mais si je sors ce soir... je risque de ne pas rentrer.

Ce soir en Palestine, il y a des centaines de milliers de personnes qui ne peuvent pas aller prendre l'air du soir, le doux air du printemps de Palestine.

Je ne comprends pas qu'un truc aussi simple ne passe pas dans la tête de tout-un-chacun. Il faut faire cesser l'occupation. Il faut que les Israéliens rentrent chez eux. Il faut (et au besoin qu'on les y aide) qu'ils puissent vivre chez eux en sécurité. Il faut que les Palestiniens soient chez eux quelque part. En Palestine, précisément. Il faut (et au besoin qu'on les y aide) qu'ils puissent vivre chez eux dignement et en sécurité.

Vous êtes certains que c'est excessif ça ?



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