Brest-Jerusalem
a la rencontre...
23.4.02 14:53 chronique     chronique 24.4.02 07:51  
-<  essaye encore... allo maman, bobo...  ->
 24.4.02

07:44   au fond des choses...


Routine du matin au réveil : vérifier si la ville est ouverte. Vaguement réveillé, je me traîne jusqu'à la grand-rue. Dans l'air il y a encore les odeurs des feux d'hier soir; les gens brûlent les ordures dans les containers, puisqu'on ne peut pas les ramasser. J'arrive au croisement avec la route, et je pointe le bout de mon nez. Au rond-point, une jeep et deux soldats. Comme si le message n'était pas assez clair, un des deux pointe son arme vers moi. Je n'attends même pas qu'il ait fini de me gueuler dessus, je n'ai pas besoin de comprendre ce qu'il me dit.

Merde, merde, et re-merde. Sauf l'interlude de samedi-dimanche, ça va faire dix jours qu'on est bloqués. Abu Dis, Al Azzerye, et un troisième bled dont je ne parviens jamais à retenir le nom. Dix jours. Ces trois localités représentent quasiment cinquante mille personnes. Cinquante mille personnes qui tournent en rond. Et personne n'en sait rien.

N'oubliez pas : quand les Israéliens disent qu'ils libèrent Ramallah ou Naplouse, les gens peuvent sortir. Mais dans la ville seulement. C'est un progrès considérable par rapport à être enfermé chez soi, mais c'est toujours être enfermé.

A l'heure où je vous écris, comme à l'heure où vous me lisez, il y a plusieurs centaines de milliers de personnes prisonnières. Dans leurs maisons, comme moi, dans leur ville, leur village. Suivant le degré de fermeture. Et quand bien même la situation reviendrait à la normale, ces mêmes gens seraient encore dans une situation où la circulation d'une ville à l'autre est quasiment impossible quand elle est permise, et le plus souvent de toute façon interdite.

Méfiez-vous de ce retour à la normale, ne vous laissez pas berner. La normale est une abomination.

Un boutiquier que je connais a hier cru discerner une "accalmie" dans le couvre-feu et a ouvert son magasin. Il n'a pas eu droit à une grenade dans sa vitrine, mais à une bombe lacrymo à l'intérieur de la boutique, ce qui n'est pas mal non plus.

Des rumeurs circulent. On dit que les Israéliens vont remettre leur administration civile en place dans les territoires. Si c'était le cas, ça serait la fin effective de l'Autorité Palestinienne, de toute indépendance même symbolique, et ça serait sans tambours ni trompettes, tout aurait l'air normal.

Dans d'autres circonstances, j'adorerais rester bloqué à la maison. On est bien, on a (encore) à manger, au moins pour quelques jours, le stock d'oranges est toujours impressionnant, on a (encore) accès à l'internet, on a des jeux pour l'ordinateur... on commence à être à court de bouquins, cela dit. Mais il ne faut pas que je me laisse berner par ce confort, ces après-midi à regarder les collines du désert de Judée du haut de la terrasse, au soleil, le thé tranquille, les chèvres dans les collines... on est prisonniers.

Ce que les Israéliens font vivre à toute une ville avec trois jeeps et douze clampins est tout simplement insupportable. Enfin, si personne ou presque n'a levé le petit doigt alors qu'ils ravageaient toutes les villes du pays, j'imagine qu'il est vain d'espérer qu'à l'extérieur quelqu'un va se préoccuper du sort de ces centaines de milliers de personnes qui ne peuvent plus aller travailler, faire leurs courses, aller chez le médecin, le dentiste, prendre des cours de ... aller à l'école !!!

Tous ces mômes ne vont plus à l'école. Depuis et pour combien de temps ?

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Quand on va au fond des choses, je crois sincèrement que les Israéliens tentent de pousser les Palestiniens dans leur ensemble à bout, de provoquer une révolte qu'ils auraient tout loisir de réprimer en geignant qu'ils sont victimes de la haine palestinienne. Avec la bénédiction de Simplet. George.

Même le temps est gris.

J'aimerais bien finir sur une note positive. Mais bon, sincèrement, je ne vois pas.



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