Brest-Jerusalem
a la rencontre...
22.4.02 04:55 chronique     chronique 22.4.02 12:58  
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 22.4.02

06:26   on remet ça...


Je sortais pour aller à l'école, quand je croise mon propriétaire qui m'annonce sans ambages que nous sommes à nouveau sous couvre-feu. Pour ponctuer le propos, une impressionnante fusillade en arrière-plan. La vie dans les territoires occupés devient impossible. Alors on a commencé à préparer le retour de Lady P. pour ce soir, si elle rentre : je passe par les collines et je la rejoins au bout de la zone "interdite", pour que nous fassions le chemin de retour ensemble. Aha.

C'est tout de même affolant de constater à quelle vitesse la routine s'installe. Ça tire dans la rue d'à côté, et je m'en fous : c'est la rue à côté. Je m'affolerai plus tard, si ça tire dans ma rue. Et encore. Dans ma direction. L'autre jour, conduisant un des véhicules du convoi dans Naplouse entre les chars, c'était comme à Ramallah avec l'ambulance, la peur en moins. La peur est remplacée par une acuité, un sens de l'aigu. On est sur ses gardes tout le temps, la peur sert à rester alerte. Si on n'a plus peur, je suppose qu'on devient imprudent. Mais il y a définitivement peur et peur. Ou bien il faut que je revoie mon vocabulaire, je ne sais pas.

En attendant, me voilà bel et bien bloqué à la maison, à nouveau. Là aussi, routine : on a du stock.

Ah, on a acheté un machin pour presser correctement les oranges. Ici, on a les oranges de Jéricho, les meilleures du monde. Enfin de mon monde. Bon, Jéricho est fermée, ça signifie que tout ça sort en fraude. Le marchand de légumes nous a expliqué qu'il a donné 250 shekels au chauffeur du camion pour qu'il ramène ça. C'est une somme, ici.

Donc, j'ai un énorme carton d'oranges. Deux oranges font un grand verre de jus. Du coup, on se déguste du jus d'oranges à toute occasion.

[appel de Lady P. : ils vont fouiller Azzerye maison par maison, dit la rumeur. Ça va prendre des jours et des jours, ça...]

Il va falloir que je me trouve un autre fournisseur d'accès à Internet, si je ne peux plus sortir pour acheter des cartes. Pratique, ce système de cartes. On achète, on gratte, on trouve un identifiant, un code, et un numéro de téléphone. Et zoumba... sauf si on ne peut plus sortir...

Pfff... Ça fait dix minutes que je suis sous couvre-feu et ça m'agace déjà.



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