02:34 rêve party...
Je me suis réveillé vers 2 heures et demie, le cŠur battant. Dans ma tête encore floue, le message repasse en boucle : le couvre-feu sera levé dimanche et peut-être aussi lundi. C'est ce que j'ai compris de la bouillie en mauvais anglais qui sortait du haut-parleur de la jeep.
Quelques instants plus tard, mon esprit, ou du moins ce qui en est actif à cette heure-ci, entre en rébellion; c'est un rêve. D'abord les Israéliens ne peuvent pas lever le couvre-feu dimanche, puisqu'il est déjà levé, et puis de toute façon jamais il ne prendraient la peine de l'annoncer en anglais.
A l'instant où j'écris, une seule chose est certaine; je suis infoutu de me rendormir. De toute façon je dois partir à 5 heures pour un convoi à destination de Naplouse. Alors couvre-feu ou pas, je ne vais pas tarder à le savoir, je le découvrirai dans la rue.
Le thé est brûlant, l'actualité française aussi; regard désabusé sur la une électronique du Monde - élection, Lescure, et même l'OM - on ne parle pas de mon petit coin de globe. Juste un entrefilet consacré à une déclaration de Reporters Sans Frontières qui proteste - dans le vide - contre les violations répétées de l'armée israélienne contre les droits des journalistes.
Jeudi, pendant qu'on était à Tul Karm, il y a eu une levée du couvre-feu chez nous. Les jeeps ont sillonné la ville en annonçant la levée, mais sans donner l'heure de fermeture. Mais rassurez-vous, le message de fermeture est très vite passé. Un de nos voisins, boutiquier, ayant su par un ami que dans le village voisin d'Abu Dis le couvre-feu reprenait à midi, a entrepris à midi moins le quart de fermer son magasin. Il en était à rentrer le congélateur des glaces quand une jeep est passée. On lui a signifié de fermer. Tout simplement et sans équivoque, en jetant une grenade étourdissante sur sa vitrine. Au prix du mètre carré de verre, on ne va pas s'embarrasser de formalités...
Autre petite histoire de son, un homme sourd-muet a été abattu - semble-t-il à bout portant - pour... n'avoir pas répondu aux sommations. Une balle dans l'Šil, il est quelque part entre la vie et la mort à l'hôpital.
Voilà pour les petites nouvelles de mon petit village dans un petit non-pays où il n'y a pas d'élection présidentielle. De toute façon les candidats ne se bousculeraient pas; qui voudrait finir enfermé dans trois bureaux sans eau courante, avec électricité intermittente, des trous dans les murs, et du pain et du thon pour manger tous les jours ? Je vous rappelle en passant que cette petite plaisanterie dure depuis trois semaines. Et que pour les électeurs, c'est pareil, mais sans pain ou thon, souvent.
Je me prépare pour partir à Naplouse. Je commence par une bonne heure de marche dans les rues désertes (si il n'y a pas de soldats), ou par près de deux heures de marche dans les collines, si les rues me sont refusées.
A ce soir. Si je peux rentrer, naturellement
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