Brest-Jerusalem
a la rencontre...
5.4.02 12:42 chronique     chronique 8.4.02 08:20  
-<  au bout du fil... que vous soyez puissants ou pauvres...  ->
 7.4.02

09:41   flashback


mardi 2 avril

Il pleut sur Ramallah. Nous marchons en groupe, les mains levées, ou au moins en évidence : attention, snipers. Enfin peut-être. Le plan est simple en apparence. Aller jusqu'à un certain point de rendez-vous. Une fois là, attendre le guide.

En fait de guide, arrivent deux jeunes femmes palestiniennes, à peine 20 ans. Elles nous guident à travers champs, et nous ramènent, par des chemins détournés, à Jérusalem.

Je tourne le dos à Ramallah, aux heures à la fois les plus sombres et les plus lumineuses de mon existence. Je laisse là-bas les vrais héros, ceux qui une fois leur "bouclier" parti vont, jour après jour, continuer leur ronde dans la ville en douleur.

Je laisse derrière moi des gens qui ont faim, des gens sans médicaments, sans trop d'espoir non plus, et pourtant je pars la tête haute. Je ne sais pas trop où se trouve la frontière d'un engagement. J'ai une amie chère dans le compound présidentiel à Ramallah, je n'ai pas hésité à venir quand on m'a appelé, et pourtant je pars sans remords. Je ne suis pas de la race des héros.

Le Docteur. Karim. Amine. Mohamed. Fadi. Cet autre dont je ne sais pas le nom, j'ai juste partagé un brancard avec lui. Chivis. Et tout ceux que je ne connais pas.

Ces israéliens dont je ne sais pas le nom, j'ai juste lu qu'ils avaient pris la relève, distribuant nourriture et eau à la population.

Ces filles apeurées dans une maison pas loin du compound, qui auraient voulu qu'on les prenne avec nous, qu'on les sorte de là, qu'on les protège du char qui était au coin de la rue. La petite roumaine parmi eux qui voulait venir avec nous pour "se rendre utile" parce qu'elle avait un passeport, sans savoir que ce qu'elle pouvait faire de mieux était de rester avec ce groupe pour empêcher la panique de gagner.

L'officier israélien qui secouait la tête devant l'absurdité de la situation et qui m'a montré sur sa carte ultra-secrète l'emplacement des barrages pour que nous puissions tenter d'atteindre l'hôpital.

Le vieux monsieur sur la civière qui gémissait à chaque soubresaut de l'ambulance sur les routes défoncées.

La femme qui pleurait dehors parce que nous ne savions pas comment l'aider à retrouver son fils.

Ces internationaux anonymes, dans la pisse, dans la soif, enfermés avec les Palestiniens dans le compound.

Cette internationale, pas si anonyme pour moi.

Tous les gens, ici, ailleurs, qui interrogent, diffusent, pleurent, tempêtent, enragent.

Ceux dont on n'a retrouvé que les vêtements et les chaussures sur un parking.

De tous ces gens, il faut raconter l'histoire.

Il pleut sur Ramallah, mais le soleil reviendra.



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