Brest-Jerusalem
a la rencontre...
3.4.02 16:00 chronique     chronique 4.4.02 14:32  
-<  bilan médical... annulé  ->
 4.4.02

12:05   Pendant la réoccupation, l'occupation continue...


Je ne suis plus à Ramallah, je n'ai plus rien de sensationnel à annoncer. Après deux jours exaltants, deux jours de tension constante, je suis revenu dans le train-train d'une vie en Palestine occupée, hors des zones de combat.
La tentation est grande, après avoir joué à cache-cache avec des soldats, qu'ils soient à pieds ou motorisés, après avoir été secoué par des explosions, après s'être fait tirer dessus, de trouver la vie relativement facile, calme, et "normale". Elle ne l'est pas.
Il m'a fallu une heure et demie pour rentrer en taxi chez moi. Je vais plus vite à pieds. Les Israéliens sabotent délibérément la circulation autour de Jérusalem, déployant en apparence des efforts inouïs pour éviter les attentats suicide dans la ville.
La réalité, comme d'habitude, est autre. Il est actuellement plus facile de rentrer dans Jérusalem que d'en sortir, ce qui est pour le moins paradoxal. On pourrait imaginer ça sur la route de Ramallah, par exemple, pour empêcher que du ravitaillement parvienne en ville, mais quand on voit ça sur la route de Jéricho, on peut légitimement s'interroger.
Les fondamentaux n'ont pas changé. Il est toujours possible de rentrer ou sortir de Jérusalem sans le moindre contrôle, et au moins des centaines de personnes, sinon des milliers, dont parfois moi, le font tous les jours, au vu et au su des Israéliens. Donc la thèse sécuritaire ne tient toujours pas.
Pour l'anecdote, il est même possible de rentrer et sortir de Ramallah sans contrôle, pour vous dire à quel point tout cela est sérieux.
Jérusalem a son visage des jours de grève, avec toutes ces boutiques fermées pour cause de soutien aux populations de Cisjordanie, mais dans lesquelles on fait ses courses normalement. Comme me le disait un commerçant hier, le soutien, oui, mais il faut manger. Ca donne une atmosphère bizarre.
Je ne me suis pas encore baladé en ville depuis mon retour, alors je ne sais pas trop quel visage elle offre dans les autres quartiers. Je sais seulement que maintenant, par exemple, il y a des soldats devant l'hôpital Augusta Victoria qui contrôlent les gens qui y entrent ou en sortent.
J'envisage sérieusement d'écrire au ministère de l'intérieur israélien pour obtenir qu'il y ait à chaque check-point ou contrôle de ce genre au moins UN mec qui sache lire. J'en ai un peu ma claque de voir des types regarder mon visa à l'envers, alors qu'il est écrit dans leur propre langue.
Hier les soldats ont tenté de pénétrer dans l'hôpital Augusta Victoria de Jérusalem pour arrêter certains membres du personnel, pour une raison qui m'échappe totalement et que personne n'a pu me donner. Cet hôpital étant bourré de membres de diverses associations religieuses chrétiennes, ceux-ci, peut-être aiguillonnés par l'exemple des internationaux de Ramallah, se sont rassemblés fissa et ont réussi à maintenir les soldats à l'extérieur.

Aujourd'hui, donc, j'ai envie de dire deux choses :

- quand les Israéliens se seront retirés des zones A qu'ils réoccupent en ce moment, vous aurez l'impression que les choses seront redevenues normales. Ce n'est pas le cas. On n'aura fait qu'un pas en arrière après trois pas en avant dans l'occupation ;

- pendant la réoccupation, l'occupation continue.



lien accueil
lien archives
lien jenine
lien contacts
lien liens

img contacts