09:05 alternatives...
Je n'aimerais pas penser que tenir une chronique d'un endroit où je vis puisse être réduit à tenir des listes de morts, blessés, rescapés ou [insérez ici un mot qui vous vienne à l'esprit concernant "The Situation"].
J'aimerais avoir la tête à vous parler de ce mois de février, de la douceur de vivre, du ciel qui s'embrase le soir sur les collines de Jérusalem, des soirées à la bougie dans la véranda, du soleil sur les rochers, du bébé chameau en bas dans la vallée.
J'aimerais pouvoir dire les promenades, les heures de lecture sur la terrasse, le thé à l'heure du muezzin, les rires, les mômes des voisins qui viennent chercher des gâteaux, le marchand de légumes qui nous fait cadeau d'un plein sac de tomates, le voisin fier de nous montrer sa maison en construction...
Et dans l'absolu rien ne m'en empêche. La vie en Palestine est, par moments, douce, belle, attrayante. Ça pourrait être un endroit incroyablement agréable.
Les gens qui vivent autour de nous à Al Azarya ont, comme tout le monde, des rêves, des joies, les mômes ont comme partout les yeux qui brillent quand ils grimpent dans l'arbre pour cueillir les amandes fraîches, bande colorée et bruyante suivie d'un peu plus loin par le petit dernier à la démarche hésitante, les jambes arquées à cause des couches.
Ça contraste avec les mômes que j'ai vu dans le camp d'Aïda à Betlehem. Ceux-là jouent plus facilement avec des kalashnikov en plastique, parce que ça se trouve plus facilement que des amandiers en fleurs, dans un camp.
Venez en Palestine. Venez goûter ce que la vie pourrait y être, prenez le temps de parler aux gens, de les écouter. Ce qu'il y a à dire sur ces gens dépasse très largement le cadre des statistiques du terrorisme.
Ce matin, mon taxi a pris une route "alternative" pour entrer dans Jérusalem. A un moment donné, il y avait une pente incroyable, et, toutes roues bloquées, le minibus continuait de glisser vers le bas, parce que la piste en terre n'a pas l'adhérence nécessaire. Dans le taxi, les gens riaient et plaisantaient avec le chauffeur. On m'a expliqué que c'était la première fois qu'il prenait cette route là, et qu'il disait qu'il était mort de trouille. Avec un large sourire.
Je crois qu'aucune violence ne fera plier ces gens là.
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