Brest-Jerusalem
a la rencontre...
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 24.2.02

09:58   fermée...


dimanche 24 février

Elle avait une drôle de voix. Je sais que le téléphone déforme, mais elle avait tout de même une drôle de voix, quand elle m'a dit qu'elle allait prévenir mes autres élèves.

Le dimanche, je donne des cours de français à Jéricho. Une goutte d'eau dans la mer des choses à faire pour aider ces gens, ou leur manifester un appui... moi je fais ça; une fois par semaine je viens donner des cours de français.

Mais pas aujourd'hui. Jéricho est fermée depuis trois jours.

Chaque fois que j'évoque l'image de ce fossé qui entoure la ville, j'ai la rage au ventre. C'est instinctif, animal. Ils sont enfermés comme des bestiaux, avec un fossé autour de la ville. Heureusement qu'il n'y a pas de crocodiles dans le pays. Ce fossé, pour moi, il symbolise plus que n'importe quoi d'autre cette occupation.

Puisqu'on en est aux images... j'ai accompagné une délégation française dans un des camps de Bethléem. Morceaux choisis:

- un tout petit soldat, avec des lunettes de soleil plus grandes que lui, qui met en joue avec un combiné fusil d'assaut / lance-grenades un chauffeur de taxi qui voulait, visiblement, rentrer chez lui en voiture;

- la rue principale qui descend vers la ville, avec tous ses magazins fermés, éternellement fermés, avec les fenêtres murées par des parpaings;

- la façade de l'école des filles, blanche, avec les lettres UN en bleu et en gros dessus, et un drapeau de l'ONU. il y a une bonne cinquantaine d'impacts de balles de gros calibre. Et quand je dis gros calibre, je ne plaisante pas. Certains trous font au moins trois centimètres (je rappelle que le fusil individuel tire -- côté israélien -- des projectiles de 5,56 mm). Ces impacts datent de la dernière incursion des chars israéliens dans le camp, en novembre. Quand j'entendais les tirs de mitrailleuses lourdes de ma chambre, à l'école, j'étais loin de m'imaginer qu'ils visaient une façade d'école sur laquelle flotte le drapeau de l'ONU...

Voilà. Elle avait une drôle de voix, comme si elle voulait pleurer, mais on ne se connait pas assez pour ça. Elle va appeler mes autres élèves pour leur dire que je ne viendrai pas.

Moi, j'ai l'impression de les abandonner, et je m'en veux.

Je suis triste. Il y a un énorme hélicoptère de transport militaire au-dessus de la vallée. J'ai envie de hurler ma rage. Même les muezzins ont l'air plaintifs... les échos voyagent tristement de rocher en rocher.

Faites quelque chose, merde !



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