07:24 après vous...
La Palestine est en ce moment sous le signe astrologique de la queue.
N'y voyez aucune malice, je parle de la vénérable activité qui consiste à attendre, l'un derrière l'autre, un événement donné. La queue.
Première queue ce matin, tôt cependant, c'est pour accéder au check point. Pas de règle ; des fois ça passe, des fois pas. Ce matin, ça ne passe pas. Les chauffeurs réagissent plus ou moins bien, tentant pour certains les acrobaties les plus improbables dans le but de gagner un peu de temps. Étonnamment peu de tôle froissée au regard des risques pris. Au moins, on n'entend plus les moteurs : les klaxons couvrent tout.
Deuxième queue, en annexe au check point : une vingtaine d'hommes sont alignés contre un mur, sous la pluie. A la façon dont ils consultent leurs montres ou parlent dans leurs portables, on peut deviner que ça fait un moment qu'ils sont là. Ce sont (j'imagine) des gens mis à part pour des contrôles d'identité plus poussés que la moyenne. Ils ont tous le même profil ; hommes entre 25 et 40 ans. Je ne sais pas combien de temps ils vont rester là. La résignation est de mise : même pas de factionnaire pour les garder.
Troisième queue, ce sont les journaliers. Des groupes d'ouvriers avec des sacs contenant des outils, principalement du bâtiment, attendent sagement dans des endroits convenus. Puis arrive un homme mieux habillé que la moyenne. Un attroupement se forme, et il part avec un groupe. Les autres reforment la queue.
Quatrième queue, l'éternelle queue pour obtenir des permis de circuler. Elle est particulièrement mouvementée ce matin.
Tout ça, toutes ces attentes, je les ai vues pendant mon trajet entre chez moi et l'école, en dix-sept minutes.
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