Brest-Jerusalem
a la rencontre...
27.1.02 15:05 chronique     chronique 12.2.02 07:24  
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 6.2.02

07:09   Jéricho, Jéricho, Jéricho...


En ce moment je suis souvent à Jéricho. Pour tout un tas de raisons. D'abord j'aime cet endroit et j'y ai des amis. Ensuite, j'y donne maintenant des cours de français.

Jéricho, c'est l'endroit où on peut venir se reposer de la tension ambiante de Jérusalem. Pas de tirs, d'attentats, pas de présence israélienne visible autre que la station sur la plus haute colline du coin et les check-points autour de la ville, pas trop actifs.

L'autre jour, nous avons été invités à un pique-nique, en dehors de Jéricho. Nous étions deux voitures. Dans l'une d'elles, deux personnes qu'on peut considérer comme des VIP chez les Palestiniens, une Française d'origine palestinienne, et un Palestinien. Dans l'autre, deux Palestiniennes, une mère et sa fille, une citoyenne danoise, et votre serviteur.

Arrivé au premier check-point, on nous fait descendre de la voiture. Un des petits hommes verts, tenant le passeport de mon amie danoise à l'envers, n'y trouvait pas sa date d'entrée sur le territoire... Une fois le précieux document remis à l'endroit, tout va mieux. On fouille le coffre, sans trop de conviction, puis nous nous remettons dans la voiture. Un des types se penche par la fenêtre avant, et chante dans ma direction : "je te prends dans mes bras, tu me prends dans tes bras", le tout dans un français que je qualifierais de "créatif". Abasourdi, je lui réponds qu'on va attendre un peu pour des démonstrations d'amitié de ce genre.

Au bout du compte, on nous laisse passer.

Second check-point, ça se gâte. Les deux Français et la Danoise peuvent passer, mais pas les Palestiniens. Raison invoquée : "on est là pour leur rendre la vie impossible". texto.

La solution ? Simple : il suffit de prendre la route qui part à gauche, de faire un petit circuit dans les montagnes (ça nous a pris à peine 45 minutes), et on retombe sur la route qu'on vient de quitter, à environ 400 mètres au-delà du check-point. Je vous passe les commentaires, à ce stade vous en savez assez sur mon état d'esprit pour deviner ce que j'en pense.

Journée idyllique. Des gens d'une gentillesse incroyable, un art de vivre, la douceur du climat, la beauté de cette partie du pays, des chansons, des grillades...

Au retour, mon amie française a fini par s'allonger sur la route au pied d'un soldat israélien médusé, en lui expliquant qu'elle voulait rentrer dormir à Jéricho (ce qu'on voulait les empêcher de faire) et qu'elle ne bougerait pas de là tant qu'on ne leur autoriserait pas le passage.

Assez curieusement, ça a marché.

La veille, dans le minibus qui nous descendait vers Jéricho, on nous a raconté l'anecdote suivante : dans la queue à un checkpoint, les soldats s'en sont pris à un jeune homme, l'ont insulté et provoqué jusqu'à ce qu'il aie une réaction violente (une gifle). Alors ils l'ont allongé sur le sol, et lui ont tiré trois balles dans la jambe. Et puis ils l'ont enfermé dans un bureau.

Ah oui : ils ont "un peu" rendu difficile l'arrivée de l'ambulance.

Ah oui : le gars était mort, vidé de son sang, quand on l'a mis dans l'ambulance.

Aujourd'hui, je déménage. Je quitte Jérusalem pour m'installer à Azarya, un village arabe à la sortie de Jérusalem, sur la route de Jéricho.

Ça risque de modifier ma vision d'une partie des choses, et ça me rendra plus proche du quotidien de ces gens que j'aime et respecte.

Comme me disait un chauffeur de taxi (c'est fou ce qu'on me parle dans ces taxis) "on demande pas la lune, on veut la paix et une vie normale"

Notez il me disait aussi : "où est la paix quand la personne avec laquelle vous négociez vous tient à la gorge et serre de plus en plus fort ?"

Je trouve que c'est une bonne question.



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