09:51 un dimanche à la campagne...
Retour sur mon dimanche. Une fois n'est pas coutume, il s'agit même de «notre» dimanche puisque, dérogeant à la règle que j'ai l'habitude de suivre, j'ai participé à une excursion de l'école.
Parenthèse : on se croirait au salon du Bourget ici, il y a un défilé aérien en cours. Ca doit chauffer du côté de Tulkarem, puisque c'est le lieu de villégiature à l'honneur en ce moment pour tout ce qui porte du kaki.
Excursion, donc, à laquelle j'ai participé pour une seule raison: la mosaïque de l'arbre de vie au palais Isham à Jéricho.
La route de Jéricho à Jérusalem, c'est tout en descente. On passe de 700 et quelques mètres à moins 300 mètres. C'est pentu, donc. Sinueux. Sur les sommets, l'habituelle couronne de barbelés, des «implantations» (lire : colonies) construites sur le modèle des forteresses médiévales. Des glacis, des fortifications à l'ancienne, c'est-à-dire des murs, les habitations sont surélevées. En bas des mêmes collines, des habitations visiblement semi nomades, le matériau de base est le demi-fût métallique. La couleur dominante est le noir des bâches plastiques qui font toit. Le mot circule dans le car : des bédouins.
Visiblement, l'élevage de moutons est la grande activité dans le coin, mais à vrai dire que faire d'autre dans ce quasi désert de collines pierreuses ?
De loin en loin, un troupeau.
On s'arrête, littéralement en plein désert, pour examiner le tracé du système de transport d'eau mis en place au temps d'Hérode. On n'est pas là depuis cinq minutes que deux gamins apparaissent qui vendent des souvenirs.
En vrac, du monastère, de l'aqueduc, de la géographie, un peu de politique, on nous guide et nous raconte - plutôt bien - la région et la vie ici, maintenant ou avant. C'est un peu pareil.
Jéricho même. Le Tell es Sultan. En arrière plan, le camp de réfugiés d'Ein Sultan, où j'avais dormi en décembre. Je m'éloigne du groupe pour regarder encore, évoquer ces gens, et je suis rejoint par quelqu'un du groupe. S'engage un dialogue assez surprenant.
- c'est quoi ?
- un camp de réfugiés
- ah bon ? c'est vrai ?
- d'après toi, ça ressemble à quoi ?
- je sais pas. Une ville...
Les gars, il va falloir songer à faire un peu plus dans le misérable. Au niveau image, ça ne va pas du tout ce truc. Veillez à ce que vos gamins soient un peu plus sales, un peu d'impolitesse serait la bienvenue aussi. Le nez morveeux serait une touche appréciée. Et enlevez-moi ces couleurs des maisons. Mettez en valeur les trous dans les murs, les toits en bâches. Ecrivez sur les murs que vous n'avez pas l'eau courante, et l'électricité depuis seulement vingt ans. L'unique rue goudronnée, virez-la et mettez du sable, ça fait plus "camp".
C'est quoi ces réfugiés qui n'ont même pas l'air de réfugiés, d'abord ?
Comme notre monde est gouverné par l'image... c'est atterrant. Je devrais peut-être faire ce que je refuse depuis le début... prendre des photos de misère, et puis des soldats. Peut-être qu'on me croirait quand je dis que c'est la guerre si je mettais une photo de char...
La visite de la ville se poursuit, des endroits plus ou moins chouettes, mais dans l'ensemble, bien. Et puis on arrive à l'heure de la prière de l'après-midi.
On est au pied des montagnes. Un d'entre nous explique à ceux qui écoutent le comment et le pourquoi de tel vestige. Mais moi, et certains autres, on a la tête ailleurs. Sur cette vue de montagnes couleur sable, il y a au premier plan une tâche bleue. C'est le dôme d'une mosquée. Et le muezzin appelle à la prière. Le son se répercute le long des parois de montagne, avec une clarté incroyable. On est littéralement hors du temps et du monde, pendant ce chant. C'est magnifique.
Et puis, même dans le désert il pleut. (large sourire)
Il a fallu se décider à rentrer ? Le check-point est désert. Une fois sur la route, je constate ce qu'on m'avait raconté : il y a bel et bien un fossé qui fait tout le tour de la ville pour empêcher les véhicules de passer. Jéricho est littéralement coupée du monde. Et la route est bordée de miradors. Miradors, fossé... Jéricho EST un camp. De réfugiés, de prisonniers, je ne sais pas.
Nous sommes rentrés en passant par Nebi Moussa, la tombe de Moïse. La mosquée qui contient la tombe est dans un caravansérail. Le soleil revient à ce moment là, et nous pouvons admirer de fabuleux arcs en ciel dans une lumière venue d'ailleurs.
Une belle journée, si on n'y regarde pas de trop près.
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