Brest-Jerusalem
a la rencontre...
11.1.02 06:49 chronique     chronique 20.1.02 16:40  
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 11.1.02

10:21   aller-retour...


Petit voyage éclair à Gaza hier. Première constatation, plusieurs centaines de mètres de barbelés tous neufs, sur trois épaisseurs, au check-point d'Erez. C'est le signe qu'il ne s'est rien passé de grave depuis près de quinze jours, j'imagine.

Gaza est ravagée par la pluie. Le ravinement opère des ravages spectaculaires dans les rues non macadamisées. Les rues ¥normales? sont, elles, souvent inondées. La circulation n'est pas, si j'ose dire, fluide.

Nous avons visité un entrepôt du ministère des antiquités, dans lequel nous avions stocké des jarres. Il est situé en face d'un important centre administratif de l'autorité, ou plutôt de ce qu'il en reste. Le bâtiment a été détruit par des F16 il y a quelques semaines. Ce n'est rien de dire que les dégâts sont impressionnants. Mais ce qui m'intéresse, là, ce sont les dégâts "annexes". Toutes les fenêtre et les portes du bâtiment que nous avons visité ont été soufflées. Au passage, quelques unes de nos précieuses jarres ont naturellement été cassées. Irréparables.

Vision d'un autre monde : dans un bureau, le sol jonché de gravats, la porte éjectée de ses gonds posée contre le mur, la pièce balayée par un courant d'air glacial, un fonctionnaire. Payé (peut-être ; on nous a dit que dans nombre d'administrations la paye des fonctionnaires n'était plus assurée) à contempler le champ de ruines. Et pour s'occuper, sur la seule chose intacte de la pièce, un vieux PC, il fait des réussites.

Sur la côte, deux Apaches tournent dans le ciel gris. Toute la ville les regarde. En se demandant où ça va tomber. Finalement, ils repartent sans tirer. Avertissement sans frais. Est-ce que les pilotes, rentrant chez eux après une journée de boulot comme une autre, se sont plaints à leurs femmes qu'on les avait dérangés pour rien ? Ils auront leur chance, qu'ils ne s'inquiètent pas.

Cette nuit, les israéliens ont détruit la piste de l'aéroport de Gaza. Et ils ont coupé toutes les routes menant à Rafah. Détruites. Rafah est coupée du monde.

Le monde, justement, s'en fout. C'est dégueulasse.

Je ne saurai jamais dire l'indignation, la colère, la résignation, la patience, l'obstination de ces gens. Mais je peux parler de la mienne, d'indignation, et elle hurle dans mon crâne. Des envies de révolte, envie de faire passer sur le visage du sale petit con qui nous a mis en joue hier à Erez le sourire arrogant qui y fleurissait, de le faire passer à coups de semelles. Ce minus habens nous a mis en joue avec son fusil d'assaut, juste pour rire. On lui demandait juste d'ouvrir une barrière. Et puis il est rentré dans sa guérite, parce que, tout de même, il pleuvait. Et au bout d'un moment, comme rien ne se passait, un de ses collègues, moins con, peut-être, lui a aboyé d'ouvrir, de laisser passer, et d'arrêter de faire suer le monde.

A Gaza, la vie continue. A un carrefour, un minibus était arrêté, bloquant le trafic. Il était plein, ou plutôt surpeuplé, de petits écoliers. La fille qui les accompagnait était en train de refaire un n¦ud de lacets. Elle nous a souri au passage.

Deux sourires, deux mentalités, deux peuples. Deux états, merde !



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