Brest-Jerusalem
a la rencontre...
18.12.01 17:36 chronique     chronique 27.12.01 05:45  
-<  masque la menace... haaaaaaaaa !  ->
 25.12.01

08:15   il est né le divin keffieh...


Il y a des tas d'endroits où passer Noël. En famille, avec des amis, à l'église... au travail, pourquoi pas...

J'ai passé le réveillon dans une imprimerie palestinienne. Un peu partout, des portraits du Vieux, comme ils disent. Arafat. Lui, il a passé Noël à Ramallah. A Bethléem, où il avait coutume de le passer, un keffieh posé sur une chaise marquait sa présence. Pas du meilleur goût, je vous l'accorde, mais bon.

J'en connais d'autres qui ont passé Noël à faire la queue à des barrages. J'ai vu des blindés légers dans Jérusalem. Vers minuit, j'étais en train de présenter mon passeport à un soldat israélien (noir) qui l'a tenu à l'envers avant de nous autoriser à passer :

"vranzé ?"

"oui?

"merry grizdmaz"

C'est ça. Salut, l'ami.

Noël à l'imprimerie, donc, entouré de tous ces terroristes palestiniens qui toute la soirée se sont coupés en quatre pour que nous fassions ensemble le meilleur travail possible, tous soucieux de donner de leur pays, de leur savoir faire, la meilleure image possible. Curieux fanatiques musulmans que ces gens me demandant avec sollicitude si j'avais besoin d'un endroit pour prier pour fêter Noël. Me demandant comment c'était, Noël, à Paris. Comment leur parler des illuminations, des gens dans la rue, de cette apparente joie, dans un pays morose, alors que les rues de Jérusalem pour Noël sont vides de tout véhicule, sauf la police et l'armée...

Sur un des PC là-bas, à l'imprimerie de ce journal arabe, il y a en image de fond la tour Eiffel. Et la jeune femme qui me l'a montrée m'a dit que c'était son rêve, d'aller au "pays de la liberté".

La tête du monteur, aussi, qui a laissé tomber un film, quand je lui ai dit que sur ce film il y avait un discours de Chirac.

Je ne le dirai jamais assez; la gentillesse, la sollicitude, l'hospitalité des Palestiniens est une expérience enrichissante, qui rend humble.

La jeune femme qui a travaillé cinq heures avec nous pour les textes arabes du journal, alors qu'on l'avait retenue après l'heure de son départ normal, m'a remercié parce qu'elle avait appris des choses.

Une de ses collègues, voilée, a mis dans le bureau de la musique française pour moi. Difficile de lui dire que je préfère n'importe quelle musique arabe à Mike Brant.

Alors à tous, là-bas, ici, sur les routes, sur les chemins qu'on utilise pour contourner les barrages, à ceux qui doivent se courber sous les canons des chars pour passer (ce n'est pas une image; c'est littéralement arrivé à une amie, le seul passage conduit sous le canon du char, baissé à fond, qui oblige à se baisser), à ceux qui n'ont pas pu se déplacer pour passer Noël en famille (on oublie qu'une partie de la Palestine arabe est chrétienne), au curé de Gaza, dont je vous ai déjà parlé, qui a annulé les festivités de Noël en solidarité avec les victimes musulmanes de l'intifada, à tous ces gens que j'ai connus depuis que je suis ici dont la confondante gentillesse et l'infinie patience contrastent si violemment avec ce qu'ils vivent...

... à tous, même au petit con grelottant de froid à son barrage hier soir à minuit, sans comprendre les enjeux de sa présence...

... à tous, pour ce que ça représente, Joyeux Noël.



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