Brest-Jerusalem
a la rencontre...
5.12.01 11:33 chronique     chronique 7.12.01 13:54  
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 6.12.01

10:50   on apprend...


Samedi soir, Camp de réfugiés d'Ein Sultan

On nous amène dans une maison, la maison du mokhtar du camp. La salle dans laquelle on nous introduit est meublée de sofas, avec une table basse, on tient facilement à une quinzaine là-dedans.

Sur le coup, je me suis dit que pour un camp de réfugiés, c'était tout de même bien confortable. Pensée idiote, j'avais encore oublié un facteur. Ce facteur, c'est l'incroyable et désarmante hospitalité des palestiniens. Cette pièce est la seule qui soit meublée. Toute la famille dort sur de mauvais matelas entassés dans la même pièce. Nous-même, nous avons dormi sur des matelas dans la salle de réception, et je préfère ne pas me demander qui s'est passé de matelas pour nous les donner.

Ils sont là, un peu empruntés, quatre palestiniens, et nous, non moins empruntés, six français. La conversation s'engage en deux groupes, d'un côté on parle arabe, dans la mesure du possible, de l'autre en anglais, le tout entrecoupé de gestes, de sourires, et d'innombrables tasses de thé.

Très vite, la conversation tombe sur "la situation". The Situation.

Il sont faciles à percevoir, l'isolement, la désespérance, le dénuement, le manque total d'espoir. Ça exsude des phrases souvent maladroites. Peu de colère.

J'ai même été assez surpris par le distingo effectué par un de mes interlocuteurs entre les colonies "locales" et les colonies au niveau national. Il m'a expliqué que dans le secteur, il y a trois petites colonies, que les gens qui les habitent sont peu nombreux, raisonnables, et que dans l'ensemble tout le monde s'en accommode très bien. Le contraste est saisissant avec la façon dont est abordé le thème des colonies en général. Les colonies sont visiblement le point de focalisation de toutes les colères palestiniennes. Il faudrait revenir bien plus longuement (et de façon plus informée aussi) sur ce sujet.

La nuit se passe comme elle peut, morcelée par les interventions d'un coq déchaîné, de chèvres, et autres mouvements.

Au petit matin, premier levé, je me promène un peu sur la terrasse. La porte qui mène à l'habitation principale est ouverte.

Sur la poignée, à l'intérieur, est accroché le keffieh du mokhtar, avec la cordelette qui le tient sur la tête. Le mokhtar lui-même dort sur un matelas par terre, ses pieds nus dépassent de la couverture. Je n'ai pas osé prendre cette photo là.

Je regarde le soleil se lever sur la vallée du Jourdain. Jéricho est une oasis verdoyante. Ça pourrait être un endroit magnifique, un endroit de paix.

Jéricho a été coupée du monde par un fossé faisant tout le tour de l'agglomération pendant presque un an. Le mokhtar me disait la veille au soir son plaisir de voir la route réouverte, la possibilité de reprendre un peu de commerce pour désasphyxier la ville.

Depuis hier, la route est à nouveau fermée. Le répit aura été de courte durée.

J'ai promis de revenir.



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