Brest-Jerusalem
a la rencontre...
3.12.01 05:20 chronique     chronique 5.12.01 11:33  
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 4.12.01

06:05   préparatifs...


Je ne suis pas trop d'humeur à écrire. Je suis un peu comme tout le monde ici, en attente. C'est très bien joué de la part des Israéliens. On sait que ça va tomber, fort, on attend un orage de feu. Mais il ne vient pas. Pas encore. On attend. J'imagine que dans tous les villages on attend.

Hier la circulation était encore possible pour les étrangers, mais plus pour les Palestiniens. On m'a signalé des mouvements de chars sur plates-formes.

La destruction de quelques hélicoptères, c'est juste pour avoir des images pour la presse du matin, personne n'est dupe du peu d'importance de ces hélicos.

Ce qui me met de mauvaise humeur, c'est la radio française. France-Info, pour ne pas la nommer. Je ne veux pas retenir le nom de la personne qui interrogeait Pavner, le porte-parole du gouvernement israélien. Qui l'a laissé dire qu'Arafat avait refusé le généreux plan de paix de Barak à Camp David.

Quel journaliste un peu sérieux n'a pas pris le temps de regarder le fameux plan de paix et de constater en deux paragraphes que c'était totalement inacceptable. Que c'était un plan (magnifiquement conçu et exécuté) destiné à mettre Arafat en porte à faux, le forçant à provoquer un nouvel échec des négociations, qu'on peut lui reprocher ensuite à l'infini, comme hier.

Enfin quoi, même les négociateurs américains de l'époque ont fini par avouer que c'était un plan totalement inacceptable, en trompe l'¦il, et à France-Info on ne le sait pas, et on sert la soupe aux puissants ?

Bravo. Merci les gars. De la part de mes amis de Jéricho, merci. De la part de mon amie palestinienne qui m'écrit qu'elle est désespérée, merci. De la part des morts et des centaines de blessés de ce week-end, merci. De la part des mille morts et des 20 000 blessés de la seconde intifada, merci. De la part de l'épicier d'en face qui ferme parce qu'il n'y a plus de touristes, merci.

Merde, je veux bien croire et admettre que la France n'a pas l'influence nécessaire pour imposer une solution. Mais est-ce qu'on est pour autant obligés de se voiler la face et de se tenir à la seule version de l'histoire qui arrange les gens en place ? Est-ce que c'est trop difficile de rappeler à Pavner que son pays est dans l'illégalité ? Est-ce que c'est trop difficile d'admettre que bombarder des populations civiles c'est aussi du terrorisme, même quand le coupable porte un uniforme ?

Ici, les gens pleurent dans le souk quand on leur dit qu'on est français, ils révèrent Jacques Chirac, mais elle est où, la voix de la France ? Il y a une rue Victor Hugo à Gaza, et on n'est pas foutus de regarder un ambassadeur en face et de lui dire ce que tout le monde sait ?

Vous avez vu... ? Je suis en colère. Mais ce n'est pas ma maison qu'on rase au bulldozer. Ce ne sont pas mes oliviers qu'on a arrachés. Ce ne sont pas mes mômes qui dorment par terre. Qu'on tue.

Alors, ne soyez pas surpris, même si France Info n'a pas le temps de vous le dire, moi au moins je vous aurai prévenus : Il y aura d'autres attentats. Le désespoir pousse à tout. Chars, avions, et bientôt quoi, napalm ? Tout ça n'y fera rien. Il y aura d'autres attentats tant que personne n'imposera un minimum de justice ici.

En France, on appelait ça de la résistance, ici du terrorisme. C'est une question de point de vue. Il est parfaitement légitime d'anéantir une ville sous les bombes, mais seulement avec des avions. A pied ou en voiture, c'est mal.

Si vous en avez l'occasion, si vous connaissez un journaliste à France Info, transmettez-lui mes amitiés.

Ou plutôt non. Transmettez-lui celle du prochain môme abruti qui se fera sauter avec une ceinture d'explosifs et de clous. Et celles de ses victimes. Et dites-lui qu'on pense bien à lui, ici.

Ouais, on pense bien à lui, en attendant le coup de matraque d'un pays qui se défend. Qui a le droit de se défendre. C'est vrai. George l'a dit.



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