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jeudi 18 octobre 2001
Je me suis assis en face de la porte de Damas. Juste en face. Dans l'axe.
Il y a plusieurs escaliers et rampes qui mènent à la porte. Le matin, c'est une indescriptible cacophonie de couleurs, d'odeurs, de bruits, c'est exubérant, crasseux, magnifique. Les charrettes se fraient un chemin dans la foule à coups de hurlements, et parfois à coups tout court Pour les descentes, ces petites charrettes, adaptées à la taille des ruelles de la vieille ville et à leur encombrement, ont un système de freinage généralement efficace ; un pneu, accroché par une chaîne, traîne par terre derrière la carriole. Dans les descentes, celui qui pousse la charrette saute à pieds joints sur le pneu, en espérant que son poids et le frottement généré par le pneu seront plus convaincants que la gravité induite par les invraisemblables empilements de marchandises qui forment le contenu...
... généralement, ça marche.
C'est la sortie des écoles. Rituel visiblement immuable, les garçons s'installent en bandes et regardent passer les filles. Les filles, souvent, se tiennent par la main par groupes de trois ou quatre. Voilées, ou du moins couvertes, si elles sont dans une école arabe, ou dois-je dire coranique, je ne suis pas assez informé pour ça. Les filles qui sortent des écoles chrétiennes ont la cravate au cou, rouge. Mais celles-là ne sont pas voilées. Les écoles chrétiennes ont une très forte cote.
Il est midi. La place devant la porte se vide. Les hommes déménagent les étals en prenant les plateaux sur leur tête. Vendeurs d'eau, de thé, de raisin, de dattes, de chaussures, d'ustensiles de cuisine, de tout et n'importe quoi. Vieilles femmes rassemblant leurs ballots pleins de feuilles de menthe ou de sauge pour le thé, sourires édentés, un vieil homme coiffé d'un keffieh blanc qui ramasse les sacs plastiques qui traînent, peut-être pour les revendre, sa canne qui lui échappe, il se baisse précautionneusement pour la ramasser... au-dessus, dans la rue, éruption de klaxons, sirènes d'ambulance ou de police, je n'ai pas encore appris à les différencier. Hurlements des chauffeurs de taxis ou de bus. La place continue à se vider.
Exception, un couple dont la femme est totalement voilée, grillage devant les yeux, gants, toute la panoplie. Le mari a son costume de bon musulman, en robe blanche, la calotte du hadj sur la tête. Curieusement, alors que beaucoup de femmes portent le vêtement long et un voile ouvert, celle-là crée l'attraction, tout le monde la regarde passer. Elle me frôle, je constate que le tissu de son vêtement est incroyablement épais, en tout cas pour de pareilles températures.
Ah oui, les israéliens ont envahi Jénine. Et puis Ramallah.
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