09:29 zzzzzzzZZZzzzz....
C'est dimanche !
Je suis dans mon petit bureau où flotte une odeur de vieux livres. En face de moi, dans son cadre, le marquis de Vogüé a le regard dans le vague. Il y a quelques minutes, le carillon des allemands d'à-côté jouait l'ave Maria. Deux pics-verts ont jeté leur dévolu sur l'arbre en face de ma fenêtre. Il va être neuf heures, et j'ai commencé à bosser à 7 heures comme tous les jours.
Il fait moins chaud. Seulement 24°C prévus aujourd'hui. C'est un soulagement.
Moins de chroniques que d'habitude cette semaine. Moins de sorties de l'école. Ça va de pair.
Je m'installe dans cette nouvelle vie, entouré d'une part de jeunes étudiants soucieux d'augmenter leurs connaissances bibliques et théologiques, et d'autre part d'un fouillis de profs-prètres tous plus surprenants les uns que les autres.
Au milieu de tout ça, pas si au milieu, en fait, au Musée, au fond du jardin, il y a Guillaume, étudiant en archéologie, et moi. Les archéopunks, en quelque sorte. Nous avons transformé la crypte en club de jazz (jazzacrypt, pour les Fipophiles) et en tripot où on joue aux échecs le soir. De temps en temps, un étudiant timide vient voir si c'est vrai qu'on mange des cadavres. :))
Nous commençons à prévoir des excursions aux quatre coins du pays.
Tout est très cher, mais en combinant un peu...
Tout est paisible, donc.
Entre 10 et quinze morts, cent cinquante blessés, côté palestinien pour la journée d'hier. Quinze israéliens blessés. Il va falloir que quelqu'un se décide à protéger ces pauvres Israéliens menacés par cette horde de sauvages. Le plus jeune Palestinien tué avait 10 ans.
Il ne faut jamais que cela devienne de la routine.
Une bonne partie de la nuit, de jeunes Palestiniens équipés d'un luth, d'un assortiment de percussions et de leurs voix ont squatté le parking de la gare routière. Ils ont chanté longtemps, c'était beau mais très mélancolique.
Du sud du pays j'ai reçu un mail de ma "correspondante" palestinienne (de ces gens qu'on appelle les arabes israéliens, méprisés par les juifs parce qu'ils ne le sont pas, soupçonnés par les palestiniens parce qu'ils ont le passeport israélien...) qui me raconte que ce week-end ils ont fait la première récolte d'olives. Elle parle en termes touchants de son attachement au sol, à sa terre. Une partie de sa famille vit en Syrie, mais elle ne peut pas y aller (car israélienne), une partie au Liban (même punition, même motif), et une partie à Gaza (mais elle n'ose pas y aller). Je trouve qu'elle symbolise bien la situation de ce pays.
Ne pas céder à la colère. Ne pas fermer les yeux. Ne pas fermer les yeux. Ne pas fermer les yeux...
Ne pas céder à la tentation de cette vie quasi-monacale pour tourner le dos à ce qui se passe. Etre plus fort que cette tension qui exsude de la ville, plus fort que les provocations puériles de ces flics à peine en âge de se raser, plus fort que la méfiance des mômes dans la rue qui m'interpellent en hébreu pour savoir si je suis israélien, puis en anglais pour savoir si je suis américain, et qui ne se détendent que quand je les ai convaincus que je ne parle aucun de ces deux langages, et que je fais partie de ces fous de français, qu'ils ne comprennent pas bien mais qu'ils voient comme leurs amis.
C'est dimanche. C'est la ville de la paix.
Allez, une petite photo ? Jerusalem à deux faces
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