16:33 Erezer head...
Je vais vous relater une petite scène. Je vais essayer de ne pas y insérer mes commentaires, et d'en rester aux faits. Ça pourrait s'intituler "passez une merveilleuse journée". Tous les dialogues que je vais citer ont eu lieu en anglais (euh... la version locale de l'anglais), et je retranscris comme je peux.
Ce matin, donc, nous voulions rentrer à Jérusalem. Pour quitter Gaza, vous le savez déjà sans doute, il faut passer au contrôle d'Erez. Dans le camion, Jean-Baptiste, une soeur italienne (soeur, comme dans "bonne soeur") qui profitait du camion avec deux sacs de tissu à rideaux: deux ordinateurs portables, quelques bagages, et un écran d'ordinateur. A Erez, les bagages sont fouillés. Les véhicules aussi. Nous le savions, c'est routinier. Le gars arrive. Jean-Baptiste gémit : "la dernière fois, il nous a fait poireauter trois heures lui !". Il nous fait ouvrir le coffre, et le spectacle commence :
-gezgezé ?
-pardon ?
-gesgezé, za !
-qu'est-ce que c'est ça ?
-oui
-un écran d'ordinateur
-interdit. Vous passer pas avec écran. Ordunateur partable ok, pas écran
-mais c'est juste un écran !
-inderdit. Vous venir avec moi
Et le type m'entraîne à l'intérieur, ou un autre, un peu moins illétré, nous explique que les écrans, c'est interdit en Israél. On tente de discuter, sans trop d'espoir, et après quelques minutes, capitulation : nous repartons redéposer l'écran à Gaza. Qu'est-ce que c'est que 25 kilomètres aller-retour, hein... sur le chemin nous comparons nos impressions : le gars visiblement n'aime pas les français et a bien l'intention de nous le faire savoir.
Une grosse demi-heure plus tard, retour à Erez, papiers siouplait, ouverture du coffre, etc...
-gesgezé ?
-un ordinateur portable
-et ça ?
-un autre ordinateur portable
-pas bon ! vous avoir dit un orfinoteur burtable, pas deux ! pas bon du tout !
-mais vous avez dit que les portables c'était bon !
-vous dire un !, maintenant deux ! essa, gezgezé ?
-une balance
-quoi ?
-balance. Pour peser les pierres, un kilo, deux kilos
-interdit !!! vous pas écouter moi dire electronique interdit !
-mais vous n'avez parlé que de l'écran, et l'écran on est allés le ramener !
-electrunique interdit !
-mais c'est une balance !! pas de l'électronique !
Je vous passe l'ouverture des coupons de tissus de la s¦ur dans lesquels l'appareil à rayons X révélait des traces douteuses d'électronique (ben tiens), mon sac qui lui en contenait un max, de l'électronique, mais que les rayons X n'ont pas vu, sans parler du couteau, de ma mythique thermos en inox qui ressemble à s'y méprendre à un obus de mortier, qu'il n'a pas vue non plus... bref, une bonne heure de n'importe quoi en branches.
Après ça, le cerbère, qui n'était tout de même pas décisionnaire, s'est lassé de notre imperturbable bonne volonté, de notre politesse exquise, et nous a expédiés au bureau des passeports, ou il a tout de même tenté de refaire son refrain du matériel interdit, à tel point qu'un troufion lui a demandé d'aller voir ailleurs, et nous a PRESQUE présenté des excuses, ce qui pour un israélien est à peu près aussi difficile que de se taper une cote de porc...
Notre voiture portait des plaques diplomatiques, et nous avions à bord un prètre catholique et une bonne s¦ur en uniforme. Rien de tout cela ne pouvait nous protéger de l'arbitraire exercé par un crétin (oups, ça y est, j'ai laissé filer un commentaire !). Il pouvait nous renvoyer indéfiniment à la maison. Imaginez ce qu'endurent les gens normaux. Quand on est partis, un des bidasses nous a gratifiés d'un "passez une merveilleuse journée".
Le passage d'Erez nous a pris en tout deux heures et demie. Bienvenue en Israél. Et quittant Gaza, après cet intermède, nous étions tous les trois d'accord sur un point : la prison, elle n'était pas derrière nous mais devant.
Fouilles, pouilles, retour à Jérusalem...
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