Brest-Jerusalem
a la rencontre...
17.9.01 19:00 chronique     chronique 20.9.01 17:02  
-<  de bon goût... évacuez... si vous pouvez...  ->
 20.9.01

10:41   concerto...

Soirée agitée. Enfin : nuit agitée. Grand son et lumière du côté de Netzarim. Netzarim, c'est la colonie la plus proche de Gaza. Au menu ce soir, concerto pour AK 47 et M16. Solistes : M60 (mitrailleuse lourde, avec des balles traçantes rouges, jolies trajectoires courbes), Missiles (de type inconnu, trajectoire orange avec des flammes derrière), et pour finir quatre coups de canon (grosse boule orange, puis explosion). Le tout agrémenté de divers projecteurs. J'ai regardé ça pendant une bonne demi-heure. Ça n'atteindra pas vos journaux.

Journée un peu hors de l'ordinaire : nous sommes partis passer la journée à Jérusalem. Le passage à Erez est un peu surréaliste. Ça ne peut pas être un hasard : à Erez, tous les israeliens qui font les contrôles sont des russes fraîchement immigrés. Genre : on leur refile le sale boulot. Les types de faction sont en train de bouquiner (en russe), et ont l'air d'être dérangés quand on s'adresse à eux. Surgit à un moment une improbable noire (très jolie, avec des dreadlocks, mais visiblement pas russe). Au total, que des gamins. Aucun ne doit avoir dépassé les vingt ans. Si Erez est vraiment ce qu'ils disent, le rempart contre le terrorisme venu de Gaza, alors moi je trouve que confier son dernier rempart à des mômes de vingt ans qui parlent à peine la langue, c'est à la limite de l'irresponsable. C'est le genre de poste qui demande du jugement, et je crois que quand on a 18 ans et un flingue, on n'a plus de jugement. Si on en a eu.

Sur les routes, peu de monde : c'est le nouvel an juif. Visions improbables dans Jérusalem de types fagottés en noir, redingote et tout, sous le plein soleil de l'après-midi, une toque en fourrure d'une trentaine de centimètres de haut sur la tête, traînant derrière eux des cohortes de mômes (pas de filles, hein, tout de même !) vers la synagogue du quartier. Pauvres mômes. Qu'est-ce qu'on peut attendre de la vie quand on a huit ans, déjà des papillotes comme coupe de cheveux, qu'on est été comme hiver habillé en noir ? Ces mômes, je ne les vois jamais rire. Leurs parents non plus. Enfin les pères. On ne voit les femmes que recouvertes de sacs à provisions. Et tout est hypocrisie. Les femmes portent des filets pour cacher leurs cheveux (outils de séduction). Quand il pleut (il paraît que ça arrive) les hommes, qui n'ont pas le droit de porter des parapluies : (dieu a explicitement interdit le parapluie), portent sur leurs chapeaux des sacs en plastique (dieu n'a pas pensé à interdire les sacs en plastique). Pour le shabbat, on ne doit pas se livrer à un certain nombre d'activités, mais dieu, dans sa grande sagesse, a soigneusement omis de sa liste de trucs interdits le surf sur internet. Moralité : le trafic sur internet les jours de sabbat est congestionné au possible. Le truc est là. On s'accroche à la lettre du texte sans jamais s'interroger sur l'esprit. Ça ne m'inspire pas grand-chose de bon.

Sur la route du retour vers Gaza, nous avons visité un monastère italien en haut d'une colline, environné de fouilles archéologiques. Un bel endroit. Agréable, avec une lumière magnifique. Quel pays ça pourrait être... Mais les différences de civilisations sont telles... Quel contraste entre Jérusalem la riche, la pseudo occidentale, propre, mais sans goût, aseptisée, et la vieille ville, ou dans un autre genre, avec Gaza, grande ville aussi, mais si différente...

mercredi 19 septembre 2001

J'ai pris froid cette nuit. Pas de doute, l'automne arrive, je vais peut-être arrêter de dormir sur le toit.

Coupure de courant - encore - ce matin à huit heures. J'écris sur batterie. Ça devient impossible pour bosser. On envisage un retour sur Jérusalem et un abandon de nos projets sur Gaza.

A midi, Fadel et Mahmoud sont surexcités. Ils nous disent que les israéliens se retirent. Nous sommes sceptiques. Le fameux téléphone arabe existe bel et bien, et on y dit souvent des choses étranges. Cela dit, le soir, confirmation par quelqu'un du centre culturel français. Retour à la situation d'avant l'intifada, sous la pression des américains. Comme je m' étonne du manque de réaction de la population, on m'explique que l'autorité fait patrouiller intensément ses troupes pour empêcher toute espèce d'incident qui puisse remettre en cause le cessez-le-feu. Visés, le Hamas et le Djihad islamique. En tous cas c'est une bonne nouvelle. Et la vraie bonne nouvelle c'est que pour une fois les Américains ont un peu (si peu...) lâché les Israéliens.

Il ne faut pas vivre d'espoir, mais ça fait du bien par où ça passe, l'espoir.



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