Brest-Jerusalem
a la rencontre...
15.9.01 16:24 chronique     chronique 17.9.01 19:00  
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 16.9.01

13:48   les travailleurs de l'amer...

Je suis rentré à pieds hier du cybercafé. Un trajet agréable, si on s'habitue à marcher dans le sable. Il y a quelques grands axes goudronnés à Gaza, mais pour le reste c'est un peu l'aventure. Les amortisseurs des véhicules souffrent. A chaque carrefour goudronné, un petit détachement de policiers. Ils ne règlent pour ainsi dire jamais la circulation, et on pourrait même se demander ce qu'ils font là. On m'a expliqué que ce sont des détachements anti-émeutes, pour empêcher la formation de manifestations. Mouais. Je ne suis pas convaincu. Toujours est-il qu'ils sont d'une politesse et d'une gentillesse remarquables, et que la population n'a pas l'air d'être gênée par leur présence. Mais peut-être qu'il me faudra plus de temps pour vraiment voir ça correctement.

Hier nous sommes passés au centre culturel français. Vous allez rire : il se trouve sur Victor Hugo Street. Il y a aussi à Gaza une General De Gaulle Street. Cela dit, tout le monde s'en fout ; personne ne connaît le nom des rues. On localise en général un quartier par le nom de la mosquée qui s'y trouve. De plus, pas mal de rues ne sont carrément pas nommées.

Au début du processus de "paix", visiblement beaucoup de gens ont cru à la prospérité de Gaza. De très nombreux chantiers de construction se sont ouverts. Beaucoup sont maintenant gelés, faute de moyens.

Ce matin, les avions ne cessent de sillonner le ciel. Le plus souvent, ils sont tellement haut qu'on ne les voit pas. Mais leur présence est palpable, grondement presque incessant. De temps en temps il y en a un qui passe le mur du son. On sursaute. On se demande où c'est tombé. Et puis on réalise. C'est tout simplement de la guerre psychologique.

La seule radio non arabe que j'arrive à capter correctement est la BBC. D'après eux, hier, les israeliens ont fait une "incursion" à Ramallah avec chars et hélicoptères. Un palestinien a été abattu (shot), et plusieurs bâtiments incendiés par des missiles. Pas un mot sur ce qui s'est passé ici hier. Dernier bilan qui nous soit parvenu : 2 morts et 12 blessés graves, essentiellement des civils. C'est le directeur adjoint des antiquités palestiniennes qui nous l'a dit hier soir au repas. Alors j'imagine Ramallah... merci la BBC !

A 15 heures tous les jours, radio Beyrouth diffuse un communiqué en français. On essaye de ne pas le rater. Voilà pour la couverture médiatique que nous avons de ce qu'il se passe. C'est peu, et je n'ai pas envie de rester des heures au cybercafé pour parcourir la presse. De toute façon, je la lisais avant, et je me rends compte que personne ne raconte vraiment ce qui se passe en Palestine.

Je voudrais revenir sur ce bombardement d'hier. Il n'est qu'anecdotique, je veux dire, des comme ça il y en a un peu partout tous les jours en Palestine. Mais pour moi il est important, parce que pour la première fois j'ai ressenti la rage et l'impuissance des gens. La ville entière avait les yeux sur ces deux hélicos, et ne souhaitait qu'une chose : les voir descendre un peu plus près, les voir venir à portée de fusil. Pouvoir se défendre. Moi-même, j'étais en colère à l'idée de les voir impunément lâcher leurs missiles, de loin, à l'abri. J'ai compris pourquoi les attentats, les bombes humaines. JE N'APPROUVE PAS. Mais j'ai compris. On ne peut pas prendre des coups tous les jours sans avoir un moment envie de les rendre. Or les palestiniens ne sont pas équipés pour s'en prendre à l'armée. On peut ergoter à dire qu'ils pourraient, tant qu'à faire, poser leurs bombes dans des endroits fréquentés par des militaires. Il faut seulement ne pas oublier que depuis le début de la seconde intifada, les Palestiniens ont eu près de 700 tués et PLUSIEURS MILLIERS de blessés, et que ce sont essentiellement des civils. Les Israéliens tuent PEU de militaires ou policiers palestiniens.

Ce soi-disant processus de paix est une foutaise. C'est une façon pour les israéliens de gagner du temps, de renforcer leurs implantations dans les territoires qu'ils occupent, de façon, le jour des comptes, à en rendre l'évacuation impossible. Tout est vérolé depuis le début.



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