Brest-Jerusalem
a la rencontre...
13.9.01 17:58 chronique     chronique 16.9.01 13:48  
-<  autre monde... les travailleurs de l'amer...  ->
 15.9.01

16:24   crimeurs...

vendredi 14 septembre 2001

Hier soir nous sommes allés à la plage avec Jean-Baptiste. D'abord, ce qui frappe en arrivant, c'est le nombre impressionnant de guérites pour maîtres nageurs. Il y a aussi une barque à moteur, avec le drapeau et tout, qui ramène les gens qui s'éloignent trop.

Sur la plage, les mômes jouent au foot comme partout, certains avec des maillots de l'équipe de France (Zidane, number one ! ), d'autres se baignent, comme partout. Ou à peu près. Souvent les maillots de bain descendent jusqu'au genoux, et il est rare de voir un baigneur torse nu. Terra islamica.

La plage est parcourue de petites charrettes tirées par des ânes, sur lesquelles on trouve un four de fortune dans lequel cuisent des patates douces. C'est l'équivalent local de l'esquimau.

Le soleil était presque en train de se coucher. Après avoir mis les pieds dans l'eau (je suis certain qu'ils la chauffent, l'eau. C'est pas possible autrement), Jean-Baptiste et moi commencions à rédiger un texte quand le type à côté de nous sort son tapis de prière et se met à saluer le coucher du soleil, comme c'est marqué dans le Coran. Si on rajoute à ça la tente des scouts du Hamas juste à côté, vous imaginez...

Un maître nageur passe, et échange quelques mots avec Jean-Baptiste, lequel parle arabe. Alors, tout naturellement, notre bon paroissien d'à côté, une fois sa prière terminée, amène sa chaise et vient prendre part à la conversation. Puis un autre, et encore un. Nous nous retrouvons au centre d'un petit groupe. Les questions fusent. Une fois établi que nous ne sommes ni juifs ni espions, le dialogue s'entame dans un mélange d'arabe, d'anglais et de français.

Hussein, le gars qui priait sur la plage, m'a longuement parlé de sa vision des choses. Je m'attendais au pire, pour être honnête. Et voilà ce qu'il m'a dit :

"Ces attentats, c'est horrible. C'est du meurtre. Ce n'est pas bien. Il faut punir les gens qui ont fait cela. Ce sont des crimeurs. (note du traducteur : impossible de l'en faire démordre, celui qui commet un crime est un crimeur...). Dans cent ans, dans deux-cents ans, les Israéliens et nous, nous serons un seul peuple, dans un seul pays, et nous nous battrons côte à côte. Qu'ils le veuillent ou non, l'histoire va dans ce sens là. Pour le moment nous nous entretuons, mais c'est inutile. Je regrette chaque mort de chaque côté. Mais les Israéliens ont tort de nous traiter comme ça. ".

Voilà. Mon islamiste a parlé. J'ajoute pour lever toute ambiguïté que la conversation a eu lieu en anglais, sans intermédiaire, et que je n'ai pas PU interpréter de travers

Il fait doux sur la plage. La nuit est tombée. Un des palestiniens avec lesquels nous discutions insiste pour nous ramener dans son taxi. Ho, bien sûr, c'est aussi pour vérifier si ce que nous lui avons raconté est bien vrai, et que nous habitons bien à l'endroit indiqué. Mais tout de même. C'est gentil.

J'ai été sidéré par deux choses hier. La première, c'est la facilité de contact avec ces gens. Et elle n'est pas anecdotique. La seconde, c'est que sur cette plage, un authentique barbu comme nous avons appris à les craindre chez nous m'a tenu le discours le plus raisonnable et modéré qu'il m'ait été donné d'entendre depuis que je suis là.

Faut ouvrir l'oeil, à mon avis, le sac à surprises n'est pas vide.

samedi 15 septembre 2001

Je n'ai pas pu poster ma chronique hier. Il faut que je m'habitue ici c'est un pays musulman. Le dimanche, c'est vendredi ! Pour ajouter à mon bonheur, aujourd'hui c'est samedi. Or, samedi, en israel, c'est dimanche ! Ça fait deux dimanches de suite. Le premier dimanche (vendredi), les boutiques sont fermées
! Et le second dimanche, samedi donc, les israeliens sont tous chez eux, ce dont je ne devrais pas m'inquiéter, vu qu'il n'y en a pas ici. Seulement puisqu'ils sont chez eux massivement, leur consommation d'électricité augmente de façon dramatique. Ce qui fait qu'ici, le samedi (deuxième dimanche...), pas d'électricité. Ou très peu.

Heureusement, les portables ont de l'autonomie, un peu. Sauf le vieux powerbook de Jean-Baptiste, qui n'a carrément plus de batterie.

Hier soir, nous sommes allés dans une gargotte au bord de la plage. Les pieds dans l'eau, littéralement. L'eau est tellement chaude qu'à chaque rouleau, il y a une vague d'air incroyablement tiède. Un peu au large, les pêcheurs au lamparo font une guirlande. Le môle du port de Gaza est illuminé, pour pas grand-chose. D'une part, les israeliens ont interdit tout trafic maritime vers Gaza, et en plus l'autorité palestinienne l'a militarisé, pour leurs deux zodiacs. On ne peut même pas s'y promener.

Mais avant ça, j'ai fait la connaissance du curé de Gaza. L'abouna, comme on l'appelle ici. Incroyable personnage, qui nous a raconté pendant une bonne heure une affolante histoire d'un de ses ministères précédents, histoire contenant, dans le désordre, un raid de bandits musulmans sur un village chrétien, une tentative d'enlèvement d'une jeune femme et de son enfant, l'abouna tentant d'étrangler de ses mains un des bandits, sa s?ur au balcon les agonisant d'injures ("blasphème sur blasphème"), un meurtre à la hache, un incroyable périple nocturne pour cacher la famille du meurtrier, les services spéciaux israeliens... nous sommes restés bouches bées pendant toute la durée de l'histoire. Ce type est un personnage incroyable. Un homme de convictions, comme dit Jean-Baptiste. Exemple : gravement malade de la prostate, il a refusé de se faire opérer ailleurs qu'à Gaza, pourtant notoirement sous équipée pour ce genre de choses. Mais curé de Gaza, il a voulu être soigné à Gaza. Amateur de gestes symboliques forts, toujours à la recherche de l'effet, c'est le genre à traîner ses ouailles hors de l'église jusqu'au cimetière, et là se mettre à hurler "Lazare, sors du tombeau !"


Bon, même les batteries ont une fin. Le netcafé a un générateur. Je devrais pouvoir poster aujourd'hui...

15:30 - le courant vient de revenir. Ce midi, nous sommes partis en ville faire des courses. A l'étal du poulet rôti, nous avons vu que tout le monde regardait en l'air. La ville était comme arrêtée, le nez en l'air.

En l'air, deux hélicoptères de combat faisaient des cercles. Un, deux, trois, quatre cinq, six missiles. Et puis les ambulances ont commencé à hurler, la vie a repris. L'objectif était le commandement de la défense passive. Situé dans le même quartier qu'un hôpital, un centre du croissant rouge, et quelques écoles.

Vous voulez savoir comment on construit de la haine ? Comme ça. Quatre types dans des machines blindées, hors d'atteinte (il n'y a pas de matériel antiaérien en Palestine), qui lâchent la mort et la destruction de loin. Et qui rentrent chez eux prendre un verre.

Ça ne s'appelle pas "éradiquer le terrorisme". Ça s'appelle "fabriquer des terroristes".

Pourvu qu'on n'assiste pas bientôt à la même chose en plus grand.



lien accueil
lien archives
lien jenine
lien contacts
lien liens

img contacts