18:43 réveil douloureux...
Drôle de nuit. J'ai dormi dans un des étages en construction. Dehors, mais avec un toit. Histoire de profiter de la brise du soir. Nuit tranquille, dans un sens. Je n'ai été réveillé que par - successivement - un âne (nous l'appelons Tomasz, je vous dirai pourquoi un jour), un coq, le muezzin, l'âne, le muezzin (déchaîné), le coq, le muezzin (saturé), l'âne (agacé ?) et finalement par le soleil. Depuis, le coq se déchaîne à intervalles tout à fait imprévisibles. L'âne aussi, d'ailleurs. A chaque réveil, la même question : est-ce que ce que j'ai vu hier soir sur le net est vrai ?
Visiblement c'est vrai. Ici, contrairement à ce que j'ai pu entendre, personne n'a fait la fête, et je n'ai pas entendu les coups de feu soit-disant tirés pour célébrer l'événement. D'accord, le camp de réfugiés n'est pas tout près, mais bon, un AK 47 (c'est le nom savant de la Kalashnikov, pour les non initiés), c'est carrément bruyant. Alors...
Ici, c'est un peu un défilé. D'abord, il y a un ouvrier palestinien, un jeune. Il est ravi. Plus mesurés, deux fonctionnaires du service palestinien des antiquités regrettent les victimes innocentes. Tous s'accordent à dire que le pentagone, au moins, était une cible légitime, et qu'ils auraient préféré voir la maison blanche sauter que le WTC. Tous répètent à l'envi que eux, ils subissent ça sous une forme ou une autre tous les jours depuis 50 ans, et que c'est la faute des Américains. Le premier auquel j'ai demandé s'il pensait que les Palestiniens étaient impliqués dans l'attentat m'a regardé comme si j'étais fou. Si ils pouvaient faire ça, c'est Tel-Aviv qui aurait des problèmes de chute d'avions, m'a-t'il dit.
La journée passe doucement. Pas de courant avant 15:30. Contrairement à ce qu'on m'avait dit avant que j'arrive, ce ne sont pas les Israéliens qui coupent. Ils fournissent simplement un volume insuffisant. Alors l'autorité palestinienne est obligée de procéder à des coupures tournantes.
Dans la série "tournante", il y a la mobyscope. C'est un mot à moi, contraction de mobylette et de télescope. C'est un drone, un avion sans pilote israélien, qui tourne toute la journée autour de la ville, avec un bruit de mobylette. Un espion. Fadel, l'ouvrier palestinien qui travaille ici, fait régulièrement le geste de le descendre.
Toutes les compagnies aériennes ne sont pas au chômage : les F16 Airways assurent leur service quotidien. Et puis aussi quelques bangs supersoniques. Probablement des F15, ça. En altitude. Sur la côte, la vedette de service, qui flotte juste en face du QG d'Arafat. Les chars israéliens sont entrés à Jenin. Motif : certains des kamikazes en viennent. Il fallait bien un motif...
Hier j'ai vu en ville des graffiti dessinant une étoile de David avec un couteau dedans. Et du sang. Un habitué m'a expliqué que l'autorité les fait effacer régulièrement. Mais ils reviennent...
J'ai entendu de mes propres oreilles un prêtre catholique se réjouir de ces attentats. On m'a rapporté que les bonnes soeurs d'à côté exultent. C'est triste.
Ici, tout le monde déteste les Américains. Moi, je ne les aime pas beaucoup, mais je les plains.
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