Petit lexique d'un conflit : N comme non
Ne pas tourner autour du pot. Aujourd'hui, en un mot comme en cent, N comme Non. Les mille et une façons de la résistance.
Pas facile de dire non. Pas donné à tout le monde...
Inspirez...
Dire non à la haine, à la colère, au préjudice, aux idées reçues, à la fatalité, à une certaine éducation, à une certaine idée de l'homme et du destin... Pour certains, c'est savoir dire non à un système, pour d'autres à leurs impulsions.
Je sais bien qu'on est supposé "positiver", mais parfois, à défaut de mieux, on se positionne déjà en énonçant ce qu'on refuse.
Ce soir, de mon chaud bureau au Danemark, avec une tasse de thé, de la musique, un écran plat, un clavier ergonomique, je pense à tous ceux qui savent dire non.
Côté israélien, il y a les quelques uns qui disent "non" au système, refusant d'aller servir dans les territoires, malgré la pression énorme, l'éducation, la société, malgré la prison, les insultes, les injures. Réservistes, soldats, parfois même lycéens, ils ont le courage de se lever et de dire non. A chacun ses "justes". Ceux-là en sont.
Israéliens, toujours, parfois, l'espace d'un instant, les soldats retrouvent une indépendance d'esprit et disent non à l'absurde. Ce commandant de char qui nous a ouvert un chemin en tirant un bloc de béton pour laisser passer une ambulance palestinienne, en dépit des ordres. Les quatre soldats nous ont regardés passer en faisant de grands signes amicaux. Le chef m'avait dit, juste avant : "je les emmerde. je ne fais pas la guerre aux malades". Ces femmes qui vont aux checkpoints, espérant par leur présence ramener un peu d'humanité chez ces soldats qui pourraient être, et sont parfois, leurs amis, maris, ou frères. Elles disent "non" à l'inhumain. Cet officier qui, nous ayant arrêtés sur une route où nous n'avions pas le droit d'être, a décidé de nous laisser continuer, bataillant avec son groupe pour imposer son point de vue. Il m'avait dit : "pourquoi est-ce que j'empêcherais ces gens de rentrer chez eux ?".
Du monde entier, pour tout un tas de raisons, ces gens qui viennent, parce qu'ils refusent. Ils se refusent à être des témoins passifs. Ils viennent, quelques jours, quelques mois, ils repartent, à la fois blessés, abîmés, mais aussi plus riches, plus forts. Un moment, dans leur vie, ils auront osé dire "non". Non à la loi du plus fort, non au fait accompli. Certains ne rentrent pas chez eux. A Gaza, à Jénine, on meurt parfois de dire "non". D'autres sans venir, se dévouent à des tâches ingrates, diffusant sans répit de l'information. "Non" au silence.
Mais surtout, jour après jour, l'immense majorité des Palestiniens, silencieusement, disent "non". Non au renoncement, non à l'abandon, non à l'avilissement. Non à la violence.
Dans mon coin, fastoche, le petit doigt fièrement levé sur la touche [Enter], j'égrenne mon inutile impuissance.
Respirez, c'est fini.
Écrit par O.
le 12 novembre 2003
à 22:42